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samedi 5 juin 2010

Jacques Le-Febvre d’Etaples : un picard trop peu connu… (2)

Un protestant caché avant l’heure

Ce fut en lisant la Bible dans le texte original qu’il comprit, avant Luther, que le pécheur est justifié par la foi, et non par les œuvres. Sa joie fut aussi grande que sa surprise ! Mais comme il aimait Rome et vénérait son chef, il ensevelit au fond de son cœur la découverte qu’il venait de faire. Un autre, à sa place, eut parlé : lui se tut. Il était vieux et, par nature, doux et timide. Cependant, sans qu’il s’explique clairement, sa foi vive, profonde, se communiquait, comme un parfum à ses disciples avec lesquels il lisait le Nouveau Testament.

Un protestant qui se montre

La foi vivante finit toujours par triompher de notre timidité naturelle. Si elle ne fait pas de nous des héros, elle nous donne cependant un courage que nous n’aurions pas sans elle. C’est ce qui arriva au docteur d’Etaples, au milieu des diocésains de son protecteur l’évêque de Meaux, Guillaume Briçonnet. Pressés par eux d’en savoir plus sur la voie du salut nouvellement révélée, Le-Febvre se mit en tête de travailler à une traduction française des Evangiles.
Inévitable persécution

L’enseignement de Le-Febre à Meaux provoqua la colère du clergé. Au lieu d’une couronne, qu’il aurait fallu poser sur sa tête blanchie par les travaux et les années, il lui prépara un bûcher, sur lequel il serait monté sans l’intervention d’amis puissants à la cour. Quant à Briçonnet, il prit peur, et, sommé de comparaître, se rétracta et se renia.

La traduction de Le-Febvre provoqua une révolution dans le diocèse de Meaux. Chacun voulut lire le texte sacré. Des assemblées se formèrent spontanément et, sans qu’il n’y eut rien de prémédité, ces communautés naissantes ressemblaient trait pour trait aux églises primitives : même foi, même culte, même sainteté de vie.

La Sorbonne réagit en interdisant la traduction de Le-Febvre, et en faisant emprisonner plusieurs novateurs de Meaux. Le-Febvre d’Etaples prit la fuite et se réfugia, avec quelques disciples, à Strasbourg. Il y fut reçu avec tous les égards dus à son mérite et à sa piété. Il demeura dans la capitale de la réforme alsacienne jusqu’au moment où, grâce à la protection de Marguerite de Valois, sœur de François 1er, il put retourner à Paris. La princesse, qui l’affectionnait, le fit nommer précepteur du prince Charles, le 3ème fils de son frère.
Dernières années

Le bon docteur, dans la haute position qu’il occupait, se crut à l’abri des attaques des sorbonnistes. Il n’avait qu’une seule pensée : terminer la traduction de Evangiles, puis quitter ce monde. Mais il n’acheva pas ces jours à Paris. De nouveau persécuté, Le-Febvre ne dut une nouvelle fois son salut qu’à la protection de Marguerite de Valois qui l’emmena à Blois, et le chargea du soin de sa bibliothèque. C’est dans le château de cette ville que Le-Febvre acheva sa traduction du Nouveau Testament, la 1ère qui ait été publiée en français.

Blois encore trop près de Paris, Marguerite de Valois transféra le docteur à Nérac où, en tant que reine de Navarre, elle offrait l’asile à tous les persécutés. C’est la que, empreint de la tristesse de ne pas finir martyr pour sa foi, contrairement à beaucoup de son temps, Le-Febvre s’endormira dans les bras de son Sauveur, après avoir remis son âme à Dieu et ses biens aux pauvres. On lui éleva un tombeau dans l’église de Nérac. Il n’existe plus : des mains profanes et sacrilèges le détruisirent et jetèrent ses cendres au vent. De Le-Fevre d’Etaples, il ne reste qu’un nom et l’immense service qu’il a rendu au mouvement de la Réforme. Celle-ci ne peut ne peut qu’être fière d’avoir eu pour ancêtre un chrétien si pur et si pieux que Le-Febvre d’Etaples !

Que sert-il à un homme de gagner le monde entier s'il perd son âme : Jésus

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