Nouveaux mots, nouveaux sensLe nouveau dictionnaire vient de sortir. Mis à part les mots nouveaux, sortis du langage courant, qui y ont été intégrés, un commentateur faisait remarquer que le sens de certains mots a également changé. Deviennent toxiques, par exemple, non plus seulement des produits dangereux pour l’espèce humaine, mais des actifs bancaires improductifs. Ce glissement du sens des mots ne date pas d’hier. Il est un reflet assez juste, pour certains d’entre eux, de l’évolution des mentalités.
Le compromis
Prenons pour exemple le compromis ! Il y a encore quelques dizaines d’années ce terme avait une connotation largement péjorative. Faisait des compromis celui qui cédait, qui en venait à se résoudre à sacrifier ses principes pour un intérêt qui, manifestement, était de moindre valeur. Il n’en est plus de même aujourd’hui. L’homme capable de faire des compromis est loué. C’est l’homme ouvert, flexible, tolérant, tout le contraire de l’intégriste, de l’homme borné. C’est l’homme capable de privilégier la paix, fût-ce aux dépens de ses convictions. C’est l’homme, non des extrêmes, mais du chemin du milieu.
Relativisme ou radicalisme
Je ne veux pas nier ici le fait qu’il y a effectivement du bon à être conciliant. Mais à force de placer cette attitude comme étant la qualité supérieure de l’homme moderne, on en vient inévitablement à une société où tout, finalement, est relatif. Pour certains sujet cependant, j’en prends pour témoin Jésus, ce n’est pas le relativisme qui convient, mais le radicalisme. Evoquant le sujet de l’adultère, Jésus dit : " Si (dans ce domaine) ton œil est pour toi une occasion de chute, arrache-le et jette-le loin de toi ; car il est avantageux pour toi qu’un seul de tes membres périsse, et que ton corps entier ne soit pas jeté dans la géhenne. Et si ta main droite est pour toi une occasion de chute, coupe-la et jette-la loin de toi ; car il est avantageux pour toi qu’un seul de tes membres périsse, et que ton corps entier n’aille pas dans la géhenne. " Jésus d'ailleurs ne s'est pas contenté d'être radical par les paroles. Il a souvent joint le geste à la parole. En témoigne son attitude dans le temple de Jérusalem où, armé d'un fouet, il va chasser sans douceur les vendeurs venus à la fête pour se faire "du fric".
Manifestement, aux dires de Jésus, le chemin du milieu est loin d’être, dans tous les cas, la solution idéale. Il y a des intérêts supérieurs, dit Jésus, qui font que la seule voie sensée, intelligente

que l’homme puisse prendre est le radicalisme. N’est-ce pas d’ailleurs la voie que l’Etat préconise lorsque, sur les paquets de cigarettes, il impose que soit inscrit que le fait de fumer conduit à la mort ou qu'il y imprime des photos de personnes atteintes de cancer suite à leur addiction au tabac ? Oui ! Il y a bien des domaines où la voie royale, la voie de la sagesse et du bon sens impose que ce soit le radicalisme et non le relativisme qui soit le bon principe à adopter.
De la difficulté d’être radical
D’où vient donc notre difficulté à être radical ? Essentiellement, je pense, au fait que nous ne croyions pas à la gravité des dégâts qu’occasionne le mal auquel on nous demande de nous abstenir. Nous temporisons estimant qu’il y a toujours possibilité de s’arrêter avant que les choses ne deviennent trop graves. Nous laissons, comme le dit le livre biblique du Cantique des cantiques, les petits renards gambader dans nos vignes refusant de voir le préjudice qu’ils occasionnent aux fruits, puis à la récolte. Pourtant, comme le dit Jésus, quiconque se livre au péché ne peut faire autrement que de devenir l’esclave du péché. Aussi ce que Jésus vise dans la vie de celui en qui il travaille est, non pas qu'il se complaise dans le relativisme, mais que, là où il le faut, il soit un adepte du radicalisme.
S’il y a bien des hommes qui, en ce siècle laxiste, sont admirables, ce sont les hommes de principe : ceux qui, pour rien au monde, ne seraient prêts à abandonner leurs résolutio

ns à bien faire pour des raisons de convenance ou d'adaptation aux autres. Jésus était de ceux-ci à l’égard du péché, qu’il paraisse bénin, ou horrible. Jésus ne mangeait pas trop ; il n’entretenait aucune pensée impure ; il n'était esclave d'aucune addiction ; il se refusait à la critique malsaine et infondée ; il n'était jamais manipulable : personne ne pouvait le mettre dans sa poche ; il ne se permettait pas de se relâcher sous prétexte qu’il était fatigué ou qu’il avait assez donné… Pour Jésus, le péché (le fait de se servir soi avant Dieu ou les autres) est toujours grave car, dans sa nature, il sépare de Dieu et amène l'homme à vivre à un niveau inférieur de celui qu'il souhaite pour lui. C'est pourquoi, tout au long de sa vie, Jésus sera l’ennemi du compromis, que ce soit à l’égard de la vérité ou du péché.
A l’heure où l’été approche, nous invitant aux vacances et au farniente, son exemple, et celui de tous les hommes du passé, admirables pour la fermeté dans leur attachement à leurs principes, m’interpelle. Si l’Eglise de Jésus-Christ n’est plus ce qu’elle est, n’est-ce pas aussi parfois parce que, du radicalisme qu’elle trouve extrême, elle est passée au relativisme qu’elle juge convenable ?
Que sert-il à un homme de gagner le monde entier s'il perd son âme : Jésus