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mardi 20 mars 2007

Brève histoire de l'Eglise : Acte 3




3ème période : L’Eglise en crise : la Réforme

1) les précurseurs :

Pendant 12 siècles, l’Eglise catholique connaît des heurs et des malheurs nombreux. Rome est la capitale chrétienne du monde connu et régente plusieurs royaumes au monde. Sa puissance est énorme et son hégémonie incontestable. Une succession de papes scandaleux suscite une importante vague d’indignation (on parle au Xème siècle de « pornocratie » pour décrire l’état de la chrétienté). Mais, solidement ancrée dans de puissantes familles d’Europe, l’administration romaine ne chancelle pas. Il faudra la convergence de plusieurs évènements historiques pour entraîner un mouvement qui allait redonner au christianisme primitif ses lettres de noblesse. 3 hommes sont reconnus comme les précurseurs principaux de la Réforme :

a) Pierre Valdo :

Riche marchand de Lyon, il découvre la Bible et se convertit de façon radicale à Jésus-Christ en 1175. Dès lors, il partage ses biens et se consacre à la traduction de la Bible en français. Il finance des copies et se fait prédicateur pèlerin. Il rassemble des disciples dans un large mouvement appelé vaudois. Il est excommunié lors du concile de Vérone en 1184.

b) John Wyclif :

C’est un théologien enseignant à Oxford. En 1370, il développe ses idées selon lesquelles Dieu exerce directement, sans l’intermédiaire du pape, son droit éminent sur la terre. Les rois ont des comptes à rendre à Dieu et non au pape. L’Eglise ne peut être pour lui un royaume ou un système de ce monde. Elle est invisible « dans les cœurs des chrétiens en état de grâce. » Bien avant Luther, il s’indigne contre le trafic des indulgences qui permet de monnayer sa place au ciel. Pour lui, le péché est payé au travers de l’expiation du Christ, et seul Dieu pardonne. Après sa mort naturelle, le pape Martin V condamnera les écrits de Wyclif le déclarant hérétique et fera exhumer en 1428 ses ossements pour les brûler.

c) Jan Hus :

Admirateur de Wyclif, il travaille à réformer l’Eglise catholique en restaurant l’esprit évangélique chez les chrétiens. Ordonné prêtre en 1400, il est un brillant prédicateur qui attire des foules. Il dénonce la richesse corrompue de l’Eglise qu’il oppose à la pauvreté du Christ. Pour lui, l’Evangile est la seule règle infaillible et suffisante de la foi. Il entreprend de traduire la Bible en tchèque pour que chacun ait accès au texte sacré. Cité à comparaître devant le concile de Constance, il est arrêté dès son arrivée, emprisonné puis torturé. Refusant de renoncer à ses idées, il est finalement brûlé vif en 1415. Ses cendres sont jetées dans le Rhin.

2) les deux grandes figures de la Réforme :

Les 3 idées majeures des précurseurs : traduire la Bible en langue vulgaire, minimiser le pouvoir clérical, retourner à la simplicité évangélique, vont trouver d’autres lieux et d’autres hommes pour les porter.

a) Martin Luther : 1483 –1546

Issu d’une famille modeste du milieu paysan, Martin Luther connaît une enfance rude et tumultueuse. Studieux, il sait ce qu’est l’effort et la valeur du travail pour arriver à la réussite. Un jour, surpris par un orage très violent, il fait vœu à Dieu de Le servir s’Il le protège. Après l’orage, Luther tient parole et se fait moine dans l’ordre mendiant des ermites de Saint-Augustin (1505). La règle est sévère et le jeune homme s’y plie. Pour combattre ses instincts et ses pulsions d’homme, il se mortifie. A 24 ans, il célèbre sa première messe et à 29 ans il devient docteur en théologie dans l’université de Wittenberg.

La crise de Luther vient au moment où il enseigne à ses étudiants l’épître de Saint Paul aux romains. Taraudé par la réalité du péché et de sa nature mauvaise malgré les privations, jeûnes, mortifications, prières qu’il s’impose, il trouve la réponse à son angoisse en Romains 3,21 à 24 : Dieu rend gratuitement les hommes justes à Ses yeux par la foi en Jésus-Christ ! Luther délivré va redonner vie à cette vérité centrale de l’Evangile longtemps mise sous le boisseau : le salut n’est pas une question de mérite du chrétien, mais un geste gratuit offert par Dieu à quiconque reconnaît en Jésus-Christ son Sauveur qualifié.

Mais l’inutilité des œuvres du croyant pour son salut est un message que l’Eglise ne veut pas entendre. Tout son pouvoir est édifié sur les actions des croyants dont elle bénéficie et sur les dons qu’elle réclame aux fidèles pour leur salut. Justement en 1517, une nouvelle campagne de vente de lettres d’indulgence est organisée par le pape dans tous les pays d’Europe pour collecter des fonds. Le moine Tetzel, envoyé du Vatican, arrive en Allemagne. Il spolie les plus pauvres sous prétexte que l’argent donné peut faire sortir plus vite les âmes emprisonnées au purgatoire (qui bibliquement n’existe pas). Scandalisé, Luther affiche sur la porte du château de Wittenberg le 31 Octobre 1517 ses 95 thèses sur les vertus des indulgences et se lance dans une discussion publique à ce sujet.

Ces thèses font l’effet d’une bombe ! L’affichage a eu lieu la veille de la Toussaint, jour où le duc de Wittenberg expose des reliques qu peuvent aussi accorder des indulgences à ceux qui viennent les voir. Deux camps se forment : un pour le pape, l’autre pour les idées de Luther. Convoqué par le pape, sommé de se rétracter, Luther dira : « Je suis dominé par les Saintes Ecritures et ma conscience est liée par la Parole de Dieu. Je ne peux ni ne veux me rétracter en rien, car il est dangereux d’agir contre sa conscience. » Luther brûle à l’entrée de la ville la bulle papale qui l’excommunie. Enlevé par l’électeur de Saxe pour le protéger, il va développer et répandre de plus en plus ses idées grâce notamment à l’imprimerie qui vient juste d’être découverte. Il enseigne :
- l’intelligibilité immédiate de la Bible pour les cœurs bien disposés et le droit d’interprétation pour tout chrétien
- le caractère invisible de l’Eglise véritable ; elle ne peut être un système de pouvoir politique du monde
- la fausseté du célibat des prêtres (imposé en 1074 pour des raisons financières). Luther se mariera avec Catherine von Bora, ex sœur d’un couvent.
- L’abolition des sacrements. La Cène est commémorative.
- L’autorité unique de la Bible en matière de foi. (Sola scriptura)

b) Jean Calvin : 1509 – 1564

Né à Noyon en Picardie, Calvin fait déjà partie de la 2ème génération du protestantisme. Il adhère aux idées de la Réforme avec beaucoup d’autres étudiants très cultivés. Evangéliste et communicateur hors pair, Calvin a le don inné de rendre claire les vérités théologiques les plus difficiles. Sa formation de juriste sera des plus adaptées pour plaider la vérité biblique. Il rédige pour son ami Nicolas Cop, recteur d’université à la Sorbonne, un discours audacieux qui l’oblige à quitter Paris pour se réfugier à Bâle.

De 1535 à 1559, il rédigera l’Institution chrétienne, l’œuvre magistrale de sa vie qu’il dédie à François 1er. Pressé par Guillaume Farel de venir à Genève, il y restera 20 ans pendant lesquels il va fonder la réforme calviniste. Sa doctrine s’attache à la Bible seule, révélation de Dieu écrite. Il insiste sur la grâce de Dieu et sur le fait que tout chrétien peut avoir maintenant l’assurance de son salut. Il abolit la hiérarchie épiscopale. L’église est administrée par un conseil d’anciens. Il retire du calendrier les fêtes catholiques pour ne garder que les célébrations véritablement chrétiennes : Noël, Pâques, Pentecôte et le dimanche. Il écrira de multiples commentaires sur le Nouveau Testament et sur certains livres de l’Ancien. Il meurt épuisé par le travail à 55 ans, sans laisser d’héritier ni fortune personnelle. Nul ne sait où il est enterré.

3) les conséquences de la Réforme :

La Réforme ne divise pas seulement la chrétienté en deux camps, mais également les nations européennes jusqu’alors toutes catholiques. L’Allemagne, l’Ecosse, la Suisse, l’Angleterre, les pays scandinaves, une partie de l’Europe centrale et de la noblesse française se démarquent de plus en plus de l’autorité souveraine de Rome. Paul III convoque un concile à Trente en Italie du Nord. Le pape est prêt d’entreprendre une réforme de la discipline et des mœurs au sein de l’église. Mais le concile refuse de revenir sur la doctrine de l’Eglise catholique. Il interdit la lecture de la Bible en langue vulgaire, proclame le principe de la justification par les œuvres, confirme la doctrine du purgatoire, le culte des saints, des images et des reliques, sans oublier l’usage des indulgences. Le pape se proclame autorité ultime en matière de foi et de décision sur l’Eglise. Ce sera le début des guerres de religion, marquées en France par l’affreux massacre de la nuit de la Saint-Barthélémy, les dragonnades, les tribunaux de l’Inquisition, l’assassinat de Henri IV et la Révocation de l’Edit de Nantes. Les temples sont détruits, le culte protestant interdit. Les protestants s’exilent, sont envoyés aux galères ou en prisons. Des milliers fuient vers la Hollande, l’Angleterre, la Suisse et l’Allemagne provoquant la plus grande saignée intellectuelle et économique de l’histoire de la France (on estime que 48% de la population était alors protestante).

La radicalisation de l’Eglise catholique va avoir une autre conséquence fâcheuse pour le protestantisme de Luther. Le triomphe politique de ses idées va le pousser à maintenir le principe de l’union de l’Eglise et de l’Etat comme moyen approprié de convertir ou punir ceux qui refusent la nouvelle autorité ecclésiastique. Luther revient dans sa vieillesse sur plusieurs positions prises au début de la Réforme. Il conserve le principe de la régénération par le baptême des enfants, dispensant les âmes de la nécessité de la foi individuelle. L’église de professants redevient de plus en plus une église de multitude, ce qui va provoquer la montée en puissance d’un nouveau mouvement : les anabaptistes, ancêtres des évangéliques.

4) La Réforme dite dissidente :

Des compagnons de la 1ère heure des réformateurs en Suisse conçurent le plan de fonder une église totalement séparée de l’Etat. Ils s’opposent par conséquent au baptême des enfants et rebaptisent leurs adhérents à l’âge adulte, en pleine connaissance de cause (d’où leur nom anabaptistes ou rebaptiseurs). Persécutés à la fois par les catholiques et les protestants, ils se multiplient pourtant en Suisse, Allemagne et en Bohëme. Leur théologien le plus célèbre à l’époque sera Menno Simmons, ancien prêtre converti. Ils forment, avec les luthériens et les réformés calvinistes, la 3ème composante du protestantisme et celle qui se développe le plus rapidement aujourd’hui.



L'hérétique n'est pas celui qui se sépare de l'Eglise établie, mais celui qui s'écarte de l'Evangile : Jean Calvin, réformateur français picard

Bibliographie : ouvrages consultés
- Oui, nous sommes protestants : Eric denimal : Presses du Chatelet
- Précis de l'histoire de l'Eglise : Jules-Marcel Nicole : Institut Biblique de Nogent
- L'Eglise ignorée : E.H Broadbent : Collection Chrétien d'or



Que sert-il à un homme de gagner le monde entier s'il perd son âme : Jésus

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