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samedi 19 janvier 2008

Erasme (2)

Insuffisan-ce d’Erasme

Si nous portons nos regards sur la grande révolution qui plus tard renouvela l’Eglise, nous ne pouvons nous empêcher de reconnaître qu’Erasme fut pour plusieurs comme un pont de passage. Bien des hommes qui auraient été effrayés par les vérités évangéliques présentées dans toute leur force et leur pureté, se laissèrent attirer par lui, et devinrent plus tard les fauteurs les plus zélés de la Réformation.

Erasme et Luther

Mais par cela même qu’il était bon pour préparer, il ne l’eût pas été pour l’accomplir. « Erasme sait très bien signaler les erreurs, dit Luther, mais il ne sait pas enseigner la vérité. » L’Evangile de Christ ne fut pas le foyer où s’alluma et s’entretint sa vie, le centre autour duquel rayonna son activité. Il était avant tout savant, et seulement ensuite chrétien. La vanité exerçait sur lui trop de pouvoir pour qu’il eût sur son siècle une influence décisive. Il calculait avec anxiété les suites que chacune de ses démarches pourrait avoir pour sa réputation. Il n’y avait rien dont il aimât autant à parler que de lui-même et de sa gloire.

Erasme et Luther sont les représentants de deux grandes idées quant à une réforme, de deux grands partis dans leur siècle et dans tous les siècles. L’un se compose des hommes d’une prudence craintive, l’autres des hommes de résolution et de courage. Ces deux partis existaient à cette époque, et ils se personnifient dans ces illustres chefs. Les hommes de prudence croyaient que la culture des sciences théologiques amènerait peu à peu et sans déchirement une réformation de l’église. Les hommes d’action pensaient que des idées plus justes répandues parmi des savants ne feraient point cesser les superstitions du peuple, et que corriger tel ou tel abus était peu de choses si toute la vie de l’Eglise n’était pas renouvelée.

« Une paix désavantageuse, disait Erasme, vaut mieux encore que la plus juste des guerres. » Il pensait qu’une réformation qui ébranlerait l’Eglise courait risque de la renverser. Il voyait avec effroi les passions excitées, le mal se mêlant partout au peu de bien que l’on pourrait faire, les institutions existantes détruites, sans que d’autres puissent être mises à leur place, et le vaisseau de l’Eglise faisant eau de toutes parts, englouti au milieu de la tempête.

Faiblesses d’Erasme

Les courageux d’entre ses contemporains avaient de quoi lui répondre. L’histoire avait suffisamment démontré qu’une exposition franche de la vérité et un combat décidé contre le mensonge pouvaient seuls assurer la victoire. Si l’ont eût usé de ménagement, les artifices de la politique, les ruses de la cour papale auraient éteint la lumière dans ses premières heures. Sans doute une réforme fondamentale ne pouvait s’opérer sans déchirements. Mais quand a-t-il paru quelque chose de grand et de bon parmi les hommes, qui n’ait causé quelque agitation ?

Si la Réformation n’eût pas éclaté, qui peut dire l’épouvantable ruine qui l’eût remplacée ? La société, en proie à mille éléments de destruction, sans éléments régénérateurs et conservateurs, eût été effroyablement bouleversée. La réformation ne fut autre chose qu’une intervention de l’Esprit de Dieu parmi les hommes, un règlement que Dieu mit en terre. Elle put, il est vrai, remuer les éléments de fermentation qui sont cachés dans le cœur humain ; mais Dieu vainquit. La doctrine évangélique, la vérité de Dieu, pénétrant dans la masse des peuples, détruisit ce qui devait périr, mais affermit partout ce qui devait être maintenu.

Le grand principe d’Erasme était : «Eclaire, et les ténèbres disparaîtront d’elles-mêmes. » Ce principe est bon, et Luther le suivit. Mais quand les ennemis de la lumière s’efforcent de l’éteindre, ou d’enlever le flambeau de la main qui le porte, faudra-t-il, pour l’amour de la paix, les laisser faire ?

Le courage manqua à Erasme. Or, il en faut pour opérer une réformation, aussi bien que pour prendre une ville. Il y avait beaucoup de timidité dans son caractère. Dès sa jeunesse, le nom seul de la mort le faisait trembler. Il prenait pour sa santé des soins inouïs. Nul sacrifice ne lui eût coûté pour s’enfuir d’un lieu où régnait une maladie contagieuse. Le désir de jouir des commodités de la vie surpassait sa vanité même, et ce fut cette raison qui lui fit rejeter plus d’une offre brillante.

Fin d’Erasme

Par ses écrits, par ses paroles, Erasme, plus que tout autre, avait préparé la Réformation, et puis, quand il vit arriver la tempête qu’il avait lui-même suscitée, il trembla. Il eût tout donné pour ramener le calme d’autrefois, même avec ses pesantes vapeurs. Mais il n’était plus temps, la digue était rompue. On ne pouvait arrêter le fleuve qui devait à la fois nettoyer et fertiliser le monde. Erasme fut puissant comme instrument de Dieu : quand il cessa de l’être , il ne fut plus rien.

A la fin Erasme ne savait plus pour quel parti se déclarer. Aucun ne lui plaisait, et il les craignait tous. « Il est dangereux de parler, disait-il, et il est dangereux de se taire. » Dans tous les grands mouvements religieux, il y a des caractères indécis, respectables à quelques égards, mais qui nuisent à la vérité, et qui, en ne voulant déplaire à personne, déplaisent à tout le monde.

Tel fut Erasme. Il lui manqua cet affranchissement intérieur, qui rend véritablement libre. Second Curio, dans un de ses ouvrages, décrit deux cieux : le ciel papiste et le ciel chrétien. Il ne trouve Erasme ni dans l’un ni dans l’autre ; mais il le découvre se mouvant sans cesse entre deux dans des cercles sans fin. Après avoir cherché à opérer quelques réformes avec l’approbation des chefs de l’Eglise, après avoir abandonné la Réformation pour Rome, quand il vit que ces deux choses ne pouvaient marcher ensemble, il se perdit auprès de tous. Pauvre Erasme !

Les ennemis d’Erasme allèrent, ce nous semble, un peu au-delà de la vérité, quand ils s’écrièrent au moment où Luther parut : « Erasme a pondu l’œuf, et Luther l’a couvé. »

Tiré de Histoire de la Réformation, Tome 1, J-H Merle d’Aubigné : 1860


Que sert-il à un homme de gagner le monde entier s'il perd son âme : Jésus

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