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samedi 21 juillet 2007

L'utopie de l'idée de progrès

Sens

Dans un billet récent, je me suis proposé de réexaminer, à la lumière de l’usage et de la pensée biblique, le sens de certains mots. Les mots que nous utilisons, avons-nous vu, ne sont pas neutres. Ils sont chargés de sens. Ils nous servent à définir nos idées, notre vision du monde, les concepts qui sont à l’origine de notre façon de penser, de ce que nous croyons. Certains mots sont si utilisés qu’ils paraissent usés jusqu’à la corde. D’autres sont porteurs d’idées si vastes qu’ils en deviennent des bannières au service de partis qui se les approprient. Que serait ainsi, par exemple, le discours d’Arlette Laguiller sans le mot « travailleur » qui lui est inévitablement associé ?

Prisonnier d’une idéologie ou d’un parti, les mots risquent de se dévaluer, d’exprimer une caricature ou de donner une vision réduite de la réalité qu’ils devraient recouvrir. D’où la nécessité d’essayer de retrouver, si possible, la genèse des mots que nous utilisons. Nous constaterons alors que, comme tout ce que l’homme touche, les mots les plus beaux auront été la plupart du temps salis, corrompus, détournés du but ou de l’idée qu’ils étaient à l’origine sensés représenter.

Progrès

Le premier mot que j’aimerais mettre à l’épreuve de l’analyse est celui de progrès. S’il est une catégorie de personnes qui connaît bien ce mot, ce sont les collégiens ou les lycéens. « A fait des progrès », « Peut progresser », sont peut-être les mentions que l’on trouve le plus couramment en marge des bulletins scolaires. L’idée de progrès est liée à un parcours. D’un point A, celui qui progresse se déplace vers un point B qui le rapprochera vers un but C ou D, sensé être le niveau maximum qu’il est appelé à atteindre. L’idée de progrès est ainsi inévitablement liée à l’idée d’excellence, de perfection ou d’idéal à atteindre.

Si le progrès peut être considéré comme un principe, la difficulté réside, en ce qui concerne le contenu que l’on donne à ce mot, dans la nature des idéologies auxquelles il est associé. Car, selon le but ou l’idéal auquel on aspire, ce qui est progrès pour les uns est régression pour les autres. Pour les tenants du droit à la liberté de la femme de disposer de son corps comme elle le souhaite, la loi Veil sur l’avortement est un progrès. Pour ceux pour qui la vie est sacrée, la même loi est un recul. Pour les militants de la tolérance absolue, la reconnaissance du droit à l’orientation sexuelle de son choix est un progrès. A ceux pour qui le socle de la société est la famille, une telle idée est un désastre. Il n’est donc juste pour personne de s’approprier le mot de progrès pour définir l’idéologie qu’il soutient. Car le progrès indique le mouvement. En aucun cas, il ne désigne, à lui tout seul, quelque chose de qualitatif.

Genèse du terme

« Le progrès est une idée très en vogue, écrit Jean-Michel Ducomte, avocat et enseignant. Lors des dernières élections, toute personnalité politique, qu’elle soit de droite ou de gauche, se réclamait du courant progressiste. Croire au progrès, c’est avoir la conviction que l’avenir recèle des ressources pleines de promesses. C’est la garantie d’une société en marche pour l’amélioration de la condition humaine… Le progrès est indissociable de l’affirmation de valeurs à prétention universelle… Croire au progrès, c’est penser que le temps social et politique est orienté vers un but, c’est affirmer qu’existe un sens à l’histoire, conçu tout à la fois comme une signification et une direction. Jusqu’au début du XXème siècle, l’idée dominante était celle d’un progrès sans entrave, menant la destinée humaine vers un avenir meilleur… »

« Le progrès, cette marche de l’humanité vers la perfection, est une idée relativement neuve. Pendant plusieurs siècles, le progrès reste hors de la portée des hommes. Le monothéisme chrétien règne en maître absolu et l’homme est cadenassé par le principe de l’autorité divine. Pour les chrétiens, si l’idée de salut et d’espoir comporte la promesse des temps futurs pleins de félicité, l’homme ne peut y accéder par les seules vertus de son industrie, mais par sa foi, condition de son salut. Ce n’est qu’à partir du XVème siècle, que l’homme commence à se libérer de l’emprise du religieux. Avec la renaissance, des conquêtes scientifiques émergent qui permettent de voir le monde avec un regard nouveau… »

L’idée de progrès et ses avatars

L’idée du progrès devenant la nouvelle foi d’une humanité émancipée de Dieu, la porte était ouverte à de nouvelles constructions philosophiques expliquant le monde. A l’affirmation biblique du créateur, les tenants du progrès substituèrent rapidement la théorie darwinienne de l’évolution comme mécanisme inscrit au cœur même du vivant. La question de l’origine de l’homme résolue, le nouveau fondement posé n’allait pas tarder à voir se greffer quantité d’idéologies centrées sur l’homme réputé, avec Rousseau, bon. Cependant, selon l’analyse faite au début, l’idée de progrès n’allait pas générer les mêmes analyses et les mêmes conclusions chez tous. Selon la perception de chacun sur ce qu’est l’obstacle majeur au progrès, les idéologies nées de l’adhésion à ce concept, allaient s’affronter avec férocité les siècles suivants. Jean-Michel Ducomte fait ainsi dériver de l’idée de progrès :
- Auguste Comte, le fondateur du positivisme
- Max Weber, fondateur de la sociologie et du capitalisme naissant
- Adam Smith, théoricien du capitalisme libéral
- Marx et Engels, les théoriciens du socialisme

Déconvenues

« Le progrès, comme moteur du moins bien vers le mieux, et objet d’espérance, en un avenir radieux : l’idée était belle, mais mise à l’épreuve des faits, cette croyance qui frisait l’idolâtrie ne résista pas… A côté d’un prodigieux essor des sciences et des techniques, l’absurdité sanglante du premier conflit mondial, l’horreur absolue des logiques génocidaires, les crimes du stalinisme et la Shoah vont ébranler la foi sans borne dans l’avenir de l’humanité… Progressivement, il fallut se rendre à l’évidence, la logique émancipatrice d’un progrès indéfini avait échoué, et pire, était responsable d’un processus de désenchantement… Face aux drames d’Hiroshima, les catastrophes de Bhopal ou de Tchernobyl, l’idée que le progrès scientifique et technique serait la garantie d’une amélioration constante de la condition humaine perd encore de sa crédibilité. Il n’apparaît plus que comme un instrument susceptible d’alimenter les passions destructrices et le désir de dominer. »

Que reste-t-il de l’idée de progrès ?

C’est le titre d’une thèse écrite par Etienne Klein, docteur en philosophie des sciences, dont je vous livre quelques extraits. « Désormais, dans nos sociétés, rien n’est vrai que l’immédiat. C’est le présent qui nous domine du matin au soir… On voit bien que depuis quelques années, la catégorie des « lendemains » s’est mise à fléchir. Il n’est plus sûr qu’ils chanteront et certains qu’ils ne chanteront pas juste. Un malaise général a émergé. Une paralysie s’est emparée des discours. La prophétie s’est brisé quelque part, on ne sait pas bien où. Les thèses pas si anciennes qui avaient porté l’espoir de refaire un monde neuf se révèlent sans prise. L’espoir d’un futur radicalement autre s’est effacé par l’effet d’une sorte de lassitude universelle, d’une pesanteur inexorable. L’heure n’est pas celle de l’apocalypse, non, plutôt celle de l’obscurcissement qui gagne, d’un crépuscule, mais d’un crépuscule qui progresse sans la chaleur prometteuse des soirs d’été…

Ce qui est sûr, c’est que le mot progrès a été longtemps un mot magique. Le prononcer, c’était présenter l’avenir, comme un but, comme un accomplissement. C’était imaginer que le temps est le chemin qui mène, sinon à la perfection, du moins au perfectionnement. La philosophie du progrès s’est d’ailleurs construite sur l’idée que le meilleur allait de toutes façons advenir, sinon pour nous, du moins pour nos enfants. On s’en remettait au développement technique et industriel, croissant selon un temps orienté et continu. On croyait pouvoir, à partir de là, en étendre les bénéfices jusqu’à la politique et à la morale. Cette attitude générale faisait que nous attendions sans cesse. L’idée de progrès sonnait comme une promesse, comme un bonheur différé qui procurait à l’anémie du présent une sorte de fortifiant. En somme, elle rendait le présent tolérable en faisant aimer l’avenir.

Mais aujourd’hui, que se passe-t-il ? L’idée selon laquelle l’avenir serait systématiquement complice des initiatives humaines décline. Par une sorte de sortilège, il suffit désormais à l’avenir de devenir présent pour se désenchanter… L’avenir nous inquiétait hier parce que nous étions impuissants, il nous effraie aujourd’hui par les conséquences de nos actes que nous n’avons pas les moyens de discerner. Nous nous sentons impuissants vis-à-vis de notre propre puissance. Celle-ci nous gargarise de belles promesses autant qu’elle nous effraie… »

Réflexion biblique

Bien que neuve, l’idée du progrès est aussi vieille que le monde. Elle apparaît dans le jardin d’Eden dans la proposition faite par Satan à nos premiers parents de goûter à l’arbre de la connaissance. Une proposition qui vise à faire croire que l’homme peut par lui-même atteindre un état idéal supérieur à celui que Dieu peut lui donner. Le monde et toute son histoire témoigne du mensonge de cette proposition. Le philosophe juif allemand Léo Strauss a dit : « En terme de progrès, l’homme moderne est un géant comparé à l’homme d’autrefois. Mais il nous faut aussi noter qu’il n’y a aucun progrès équivalent en sagesse et en bonté. L’homme moderne est un géant dont nous ne savons pas s’il est meilleur ou pire que l’homme d’autrefois. » La faillite de l’idée de progrès donne raison au diagnostic posé par Jésus, le Christ, sur la nature humaine. Pour devenir nouveau, l’homme doit recevoir une vie nouvelle, d’en-haut. La naissance naturelle ne transmet, dit Jésus, que la vie humaine naturelle. Seule une naissance spirituelle peut transmettre la vie de l’Esprit. Le seul progrès que l’homme puisse faire est donc de se repentir de ce qu’il est, de revenir à Dieu, de se laisser réconcilier avec Lui par le Christ, et de laisser Son Esprit le transformer.

P.S : vous pouvez retrouver ce billet sur http://www.agorapolitique.com/
Que sert-il à un homme de gagner le monde entier s'il perd son âme : Jésus

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