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samedi 27 octobre 2012

Suisse et religion : un état des lieux



Etat général

La « Revue suisse », périodique destiné aux suisses vivant à l’étranger, publie ce mois-ci un dossier documenté sur les rapports des Suisses et Suissesses avec la religion. Il y apparaît que les Suisses sans religion sont 20 fois plus nombreux qu’il y a 40 ans. La grande majorité des fidèles considère que la foi est devenue moins importante dans la vie quotidienne. Si la religion est présente dans les médias, c’est plus pour se démarquer de l’Islam que pour réfléchir à sa propre tradition.

Opinions

Le programme national de recherche « Collectivités religieuses, Etat et société » a cherché à analyser dans les 5 dernières années ce que recèle cette mutation profonde de la foi des individus et de ce paysage religieux. L’étude confirme que pour une grande majorité de la population, l’importance accordée personnellement à la religion n’a cessé de diminuer depuis des années. Le nombre de distanciés a fortement augmenté. On fait de moins en moins appel aux prestations des Eglises. Une grande partie des croyants pensent que la foi ne doit pas être vécue de manière extrême, ni être diffusée dans un esprit de missionnaire. Les Suisses sont également d’avis que la religion relève de la sphère privée.

Paradoxe

L’importance accordée par les Suisses à la religion a beau avoir diminué dans les valeurs personnelles, sa présence dans la sphère publique s’est renforcée dans les dernières années, surtout suite à l’évolution de la politique internationale. L’interdiction de minarets ou de la burqa fait l’objet de vifs débats dans les médias. Mais le christianisme aussi refait surface. Les politiques défendent l’autorisation d’accrocher des crucifix dans les bâtiments publics et on déplore la faiblesse du christianisme face à l’Islam (passé de 0,26% de la population en 1970 à 4,5% aujourd’hui). Les thèmes religieux gagnent ainsi exagérément en importance dans le domaine public, tandis que la religion devient toujours plus insignifiante dans la vie des individus.
La problématique des Eglises
Face aux bouleversements actuels, les grandes Eglises sont souvent sur la défensive. Si certains leur reprochent d’avoir manqué la connexion avec le monde moderne, d’autres pensent que leur perte de valeur est due à l’édulcoration de leur tradition et à une trop forte adaptation à l’époque actuelle. Pour Jörg Stolz, la première grande tendance est la séparation de la société et des Eglises. La baisse continuelle de la présence des institutions religieuses dans les écoles, les hôpitaux et les établissements sociaux, qui dure depuis des siècles, et la diminution de leur influence sur la politique et le droit vont se poursuivre.
En revanche, l’individualisation continue d’augmenter. Les individus ne sont plus liés pendant toute leur vie à une couche sociale, une religion ou un domicile en fonction de leur appartenance à une famille ou à un sexe. Une autre tendance vient du fait que les valeurs telles que la discipline, la fidélité ou l’obéissance sont de plus en plus reléguées au second plan dans le monde occidental, contrairement à la quête du plaisir, des émotions et de la spontanéité qui se développe. Dans ce contexte, les Eglises doivent faire face à une concurrence de plus en plus sévère avec le monde séculier. La collectivité existe aussi dans les clubs de sport, ou dans une chorale, et les activités spirituelles se retrouvent également dans le bien-être, la psychologie populaire ou l’ésotérisme. Selon le théologien Christoph Bochinger, « les Eglises ne font plus autorité sur les questions de la vie. Aujourd’hui, on peut trouver d’autres réponses dans n’importe quelle librairie… Le rôle des Eglises sur les questions de conscience n’est plus déterminant… Bon nombre de valeurs de la démocratie moderne n’ont pas leur origine dans l’Eglise »
Dans cette évolution du paysage religieux, les Eglises libres s’en sortent mieux que les grandes Eglises nationales, avec toutefois de fortes différences. Les communautés charismatiques-missionnaires et les Eglises qui attirent les jeunes ont enregistré une forte hausse. Dans l’ensemble, le nombre des fidèles des Eglises libres est resté stable au cours de 20 dernières années. Mais la sécularisation leur pose aussi problème. Dans les années 80, lorsque la religion avait encore une forte influence, les Eglises libres réussissaient bien mieux qu’aujourd’hui à gagner de nouveaux membres.
Un prochain article me donnera l’occasion d’apporter quelques réflexions sur la situation !


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