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mercredi 17 avril 2013

Le prix de la grâce de Dieu

 En 1935, le contexte politique, économique et ecclésial dans lequel Dietrich Bonhoeffer prend la
Dietrich Bonhoeffer
direction du séminaire de Finkenwalde, comme chargé de la formation théologique et pastoral des futurs pasteurs de l'Eglise confessante est on ne peut plus difficile. A 30 ans, il a déjà beaucoup réfléchi aux impératifs du combat contre un ordre dont les fondements et les objectifs ne l'ont jamais trompé. Comment tenir ensemble fidélité évangélique, amour du prochain, respect des lois et résistance active ? Entre 1935 et 1937, Bonhoeffer développera le fruit de ses méditations à la lumière du « Viens et suis-moi ».

L'ennemi n°1 de l'Eglise

« La grâce à bon marché est l'ennemie mortelle de notre Eglise. Actuellement dans notre combat, il y va de la grâce qui coûte.

La grâce à bon marché, c'est la grâce considérée comme une marchandise à liquider, le pardon au rabais, la consolation au rabais, le sacrement au rabais. La grâce servant de magasin intarissable à l'Eglise, où des mains inconsidérées puisent pour distribuer sans hésitation, ni limite ; la grâce non tarifée, la grâce qui ne coûte rien. Car on se dit que, selon la nature même de la grâce, la facture est d'avance et définitivement réglée. Sur la foi de cette facture acquittée, on peut tout avoir gratuitement. Les dépenses sont infiniment grandes, par conséquent les possibilités d'utilisation et de dilapidation sont, elles, aussi, infiniment grandes.

Le trésor caché

La grâce à bon marché, c'est la justification du péché et non point du pécheur. Puisque la grâce fait tout toute seule, tout n'a qu'à rester comme avant. “Toutes nos œuvres sont vaines.” Le monde reste monde et nous demeurons pécheurs “même avec la vie meilleure”. Le monde est justifié par grâce ; il faut donc (en raison du sérieux de cette grâce, pour ne pas résister à cette irremplaçable grâce !) que le chrétien vive comme le reste du monde ! Le chrétien, donc, n'a pas à obéir à Jésus, il n'a qu'à mettre son espoir dans la grâce !

Ceci, c'est la grâce à bon marché

La grâce qui coûte, c'est le trésor caché dans le champ : à cause de lui, l'homme va et vend joyeusement tout ce qu'il a ; c'est la perle de grand prix ; pour l'acquérir, le marchand abandonne tous ses biens ; c'est la royauté du Christ : à cause d'elle, l'homme s'arrache l'œil qui est pour lui une occasion de chute ; c'est l'appel de Jésus-Christ : l'entendant, le disciple abandonne ses filets et le suit.

La grâce qui coûte, c'est l'Evangile qu'il faut toujours chercher à nouveau ; c'est le don pour lequel il faut prier, c'est la porte à laquelle il faut frapper.

Elle coûte parce qu'elle appelle à l'obéissance ; elle est grâce parce qu'elle appelle à l'obéissance à Jésus-Christ ; elle coûte parce qu'elle est, pour l'homme, au prix de sa vie ; elle est grâce parce que, alors seulement, elle fait à l'homme cadeau de la vie ; elle coûte parce qu'elle condamne les péchés, elle est grâce parce qu'elle justifie le pécheur. La grâce coûte cher d'abord parce qu'elle a coûté cher à Dieu, parce qu'elle a coûté à Dieu la vie de son fils – “Vous avez été acquis à un prix élevé” – parce que ce qui coûte cher à Dieu ne peut être bon marché pour nous. Elle est grâce d'abord parce que Dieu n'a pas trouvé que son fils fût trop cher pour notre vie, mais qu'il l'a donné pour nous. La grâce qui coûte, c'est l'incarnation de Dieu.

Dietrich Bonhoeffer : 1906 - 1945

samedi 4 juin 2011

DSK : Radiographie d'une chute

Chuter

Qui dit chute dit auparavant hauteur. Une chute ne se comprend que par la perte de la position élevée que l’on occupait. Plus la position était élevée, plus la chute à des effets dramatiques, catastrophiques, ruineux, pour celui qui en est l’objet. Si en escalade, on peut chuter par accident, nos chutes dans la vie ont d’autres causes. Au-delà de la souffrance qu’elle entraîne chez ceux qu’elle concerne, la chute d’un être est peut-être la chose la plus triste de la création. Certes, toutes les chutes ne sont pas les mêmes. Elles n’ont pas toutes la même portée. Nous chutons tous fréquemment et de plusieurs manières. Avec l’aide de Dieu, nous verrons qu’on peut s’en relever. La chute peut être une chance, une opportunité, l’occasion unique de prendre acte d’une faiblesse, puis d’apprendre… Il y a cependant des chutes dont on ne se relève pas. Elles sont irréversibles, de l’ordre du suicide. C’est de ce type de chute dont j’aimerais parler.

Anatomie de la chute

La chute a pour première cause un mensonge auquel on a cru. Qui a vécu sait à quel point l’homme peut se tromper, s’illusionner sur lui-même… au point où il en devient complètement aveugle. Le piège est là, tendu sous ses pieds. Mais il a tellement pris l’habitude de minimiser, banaliser sa conduite dangereuse qui l’amène à marcher de plus en plus près du bord du précipice, qu’un jour il chute. C’est un fait réel que, à force de justifier et d’excuser le mal, notre conscience s’émousse. La chute mortelle ne se produit pas du premier coup. Elle est souvent précédée de multiples autres pour lesquelles on a tiré aucune leçon. Certes, le relativisme ambiant n’aide pas. « Les autres le font bien », pense-t-on ou, « après tout, ce n’est pas si grave ». Petit à petit, insidieusement, le mensonge gagne du terrain. Il conquiert l’une après l’autre les positions de défense de l’être… jusqu’au jour où les portes lui sont grandes ouvertes. De maître du jeu, l’homme passe alors à jouet de ses propres passions…

La chute est un renversement. Pas seulement physique ou social, mais, plus encore, un renversement du bon sens. Alors que le bon sens nous dit que la position de hauteur que nous occupons est le privilège le plus grand que nous possédons dans la vie, un renversement se produit. Tous les atouts, toutes les richesses que celui-ci nous octroie sont soudainement éclipsés pour une seule chose qui, plus qu’obsédante, nous hypnotise. Comme un fou qui a perdu la raison, nous fonçons et nous plongeons. Tous les scénarios de chute évoqués dans la Bible se ressemblent. Ils ont tous conduits ceux qui les ont suivis au même choix : brader l’excellent au profit du moindre ou du médiocre… dont ils n’ont d’ailleurs jamais pu jouir vraiment.

La première chute remonte à loin, avant que l’homme soit né. C’est la chute de l’ange magnifique, l’ange de lumière, Lucifer. Non satisfait de la gloire et du rang que Dieu lui avait donné, il voulut plus. Il convoita la gloire qui appartenait à Dieu. Il a tout perdu : son rang, sa beauté, son bel esprit pour un destin où il finira comme ruine. Puis, il y a la chute de nos premiers parents, Adam et Eve. Placés dans le jardin d’Eden, environnés d’arbres avec toutes sortes de fruits, ils se sont laissé séduire par le serpent infernal. Ils n’ont plus vu que le fruit défendu, à leurs yeux plus beau et meilleur que tous les autres. Ils ont cru accéder à une plus grand liberté et sont devenus déchus. Il y a Judas, choisi entre tous comme compagnon par Jésus. Mais Judas avait un autre dieu : l’argent. Il trahit son Ami pour 30 pièces d’argent… pour se suicider quelques heures plus tard. Le scénario de toutes les chutes se recoupent : foi en un mensonge, aveuglement et choix qui s'incarne dans un acte mortel.

Radiographie de la chute

La chute ne se produit pas par hasard. Elle révèle au grand jour ce qui jusque là était caché. Elle est comme la pointe de l’iceberg qui ne représente que la plus petite partie de la réalité. La chute met à jour le véritable visage de l’homme. Elle le défigure aux yeux de ses amis médusés. Tout bûcheron le sait : l’arbre finit par chuter du côté où il penche. La chute est le résultat d’un penchant non combattu, mais entretenu. Si l’homme est seul à chuter, ses proches, loin s’en faut, ne sont pas toujours innocents de ce qui se produit. On a bien vu le penchant invétéré, mais on a rien dit. On s’en est amusé… jusqu’au jour où la plaisanterie s’est transformée en drame. Jusque là, l’homme debout, qui penchait dangereusement, était respecté. Maintenant qu’il est à terre, ses amis, l’un après l’autre, l’abandonnent.

Je m’interroge et me permet de vous interroger. Dans quel domaine de ma vie suis-je fragile ? Ai-je un ami à qui je peux en parler ? Suis-je prêt à me faire « soigner », accompagner ? Est-ce que je reconnais le danger auquel ma faiblesse m’expose ? Que celui qui croit être debout prenne garde de tomber, dit la Bible.

Relèvement

S’il y a des chutes irréversibles, sans retour, il y en a d’autres, très nombreuses qui sont salvatrices. Qui chute en montagne se montre plus vigilant dans la suite de sa randonnée. Il fait plus attention là où il pose son pied. Il apprend de sa chute. Si la Bible montre l’homme tel qu’il est, elle révèle aussi quelle personne est Dieu. Dès le début, elle le présente comme le Dieu qui a compassion de l’homme à terre, qui le secourt et le relève. Pour être au bénéfice de la main salvatrice de Dieu, plusieurs conditions sont à remplir :

1. Ne pas se chercher d’excuse, mais reconnaître sa pleine responsabilité dans l’état dans lequel nous sommes. Qui se justifie n’a pas appris la leçon. C’est comme responsable et coupable qu’on se présente à Dieu. Toute autre posture nous disqualifie pour le relèvement. La chute est l’occasion unique qui nous est offerte pour ouvrir les yeux sur la bêtise de notre autosuffisance, de notre orgueil ou de notre égoïsme. D’aveugle que nous étions, elle nous rend de nouveau lucide. Nous revoyons les choses dans leur juste perspective et, non plus, d’après le point de vue formé par l’invasion de nos convoitises.

2. Faire appel à la grâce de Dieu. la grâce n’a d’efficacité que pour les coupables. Dieu peut l’octroyer à tout homme qui se reconnaît tel qu’il est devant Dieu. La grâce de Dieu ne consiste pas simplement à passer l’éponge ou fermer les yeux sur le mal commis. Elle n’est possible que parce que la sanction méritée pour la faute a été portée par Jésus-Christ, le Fils de Dieu sans faute. Par Lui, Dieu offre à chaque être déchu de commencer une histoire nouvelle, d’écrire un nouveau livre de vie.

3. Inviter Jésus-Christ à prendre désormais les rênes de sa vie. Il est celui, dit la Bible, qui peut nous préserver de toute chute. L’apprentissage sera peut être long. Mais quiconque vit et marche avec Jésus-Christ dans sa vie fait l’expérience d’une force qu’il ne possédait pas. C’est elle qui oriente nos désirs vers des choses nouvelles, nobles, élevées et nous soutient, lorsque harcelés par le monde environnant ou notre propre nature, nous risquons de glisser. Qui a Jésus-Christ dans sa vie ne combat plus seul contre lui-même. Il n’a d’ailleurs plus besoin de combattre, mais de s’attacher à développer ce qu’il a reçu.

Mis à part Judas, Pierre, un autre compagnon de Jésus, l’a renié. La chute de Pierre n’a pas fini par la mort. Elle a été le tremplin qui l’a propulsé dans les hauteurs d’une vie nouvelle, spirituelle. Si Judas est dans le gouffre insondable de la perdition, Pierre est dans la présence de Dieu dans les lieux très hauts. Que son sort puisse aussi être le vôtre !



Que sert-il à un homme de gagner le monde entier s'il perd son âme : Jésus

samedi 19 septembre 2009

Le poids des mots

Communication

Nous le savons tous : la communication entre nous passe au travers des mots. Vecteurs des idées, les mots ont pour objet de traduire ce que nous pensons en termes compréhensibles pour celui avec qui nous communiquons. Lorsque les mots utilisés sont corrects, ou compris de la même manière par celui qui les dit et celui qui les écoute, nous pouvons dire que la communication est réussie. Lorsque ce n’est pas le cas, le brouillage engendre inévitablement malentendus, incompréhensions, conflits.

S’il y a bien aujourd’hui un domaine porteur d’embrouille dans la communication entre les êtres, il s’agit de celui des mots que nous utilisons. Curieusement, le vocabulaire que nous utilisons n’a pas changé. Les mots s’écrivent de la même façon. Mais suivant qu’ils soient utilisés par telle ou telle personne, ils n’ont pas ou plus la même signification. Le problème ne tient pas au mot en lui-même qui est et reste un vecteur d’idée, mais plutôt à la réalité que véhicule, dans chacun des esprits, le mot prononcé. Le mot qui, à l’origine, avait un sens premier, s’est chargé en cours de route de nouvelles significations. Ceci à tel point qu’il n’est pas rare que, utilisant un même mot, il arrive que deux personnes parlant ensemble pensent, en les employant, à tout autre chose.

Manipulation verbale

Vecteur d’idées, les mots que nous employons sont devenus un enjeu majeur dans la bataille d’influence secrète qui se livre dans les coulisses de ce monde. Tous les grands penseurs du monde poursuivent au fond le même objectif : celui de gagner la masse, la majorité à leurs idées. Dans ce combat, les mots jouent un rôle essentiel : celui de définir les concepts auxquels ils croient, ou auxquels ils veulent que les peuples adhèrent. L’évolution du comportement d’un peuple est un travail de longue haleine, le fruit d’une œuvre souterraine qui passe par la lente modification des consciences. Cette conscience est comme un curseur. D’un point A où elle se trouve, elle peut être déplacée vers un point B vers lequel on désire la voir aller. Ce déplacement de la conscience, pour ne pas dire sa manipulation, ne doit pas, pour aboutir, se faire trop brutalement. C’est à leur insu, sans qu’ils le remarquent vraiment que les peuples, à petits pas, changent de mentalité. Inévitablement, au bout de quelques temps, le déplacement est visible. Mais comme les choses se sont faites en douceur et qu’elles se sont généralisées, personne ne dit rien. Fin connaisseur de l’homme, les docteurs en manipulation de conscience travaillent sur la base de deux principes qui, tout au long de l’histoire, ont toujours fait leurs preuves :
1er principe : le caractère grégaire de la masse. Les hommes ressemblent davantage aux moutons de Panurge qu’aux prédateurs solitaires. C’est le nombre qui fait leur sécurité.

2ème principe : 10 petits pas valent mieux qu’un grand pour atteindre un but.

Stratégie à long terme

Aussi, afin de préparer la masse à adopter les évolutions qu’ils programment, nos chers manipulateurs agissent-ils par à coup. 1er à coup : on remet en question le bien-fondé du comportement qui était normatif jusque là. 2ème à coup : on présente en avant première un comportement avant-gardiste. 3ème à coup : on utilise le mot employé pour décrire le comportement passé pour identifier le nouveau que l’on voudrait voir adopter (Exemple : voyez, « Ca » aussi c’est une forme d’amour…). 4ème à coup, on arrose le peuple de films, de débats, de livres qui donnent leur légitimité au nouveau comportement. C’est la technique du bombardement intensif, du harcèlement qui ne porte ses fruits que sur des esprits ouverts. 5ème et dernier coup : le nouveau comportement légitimé, il devient le point de départ moral de la génération qui suit… et qui, du coup, ne saura plus quelle réalité les mots qu’elle emploie recouvrait à l’origine. Du coup, et celui-ci est le plus mauvais, ce sont ceux qui, pour cause de principe, ont refusé de voir le curseur de leur conscience évoluer qui sont désormais désignés comme les ennemis du progrès, des fondamentalistes arriérés, des sectaires ou des intolérants…

La Parole

Ce n’est pas pour rien que la Bible dit : « Au commencement était la Parole. » Comme les mots pour nos idées, la Parole de Dieu est le vecteur des vues et des concepts qui sont les Siens. Se confronter à la Parole de Dieu, c’est se heurter au sens et à la signification des mots que Dieu utilise pour décrire la réalité. Le glissement de sens qu’ont connu la plupart des mots majeurs que la Bible utilise suffit à expliquer la réticence de la majorité à se frotter à sa lecture. Il n’y a, par exemple, aucune commune mesure entre ce que les mots amour, enfer, sacrifice expriment dans la Bible et dans la pensée du commun des mortels aujourd’hui.

Que vous le sachiez : au cours du temps, les mots que vous utilisez ont subi ce qui est arrivé aux biens de millions de gens à travers la crise : ils ont été dévalués. Pour découvrir ce que Dieu dit, pense, comment il conçoit la réalité, il vous faire l’effort de démaquiller les mots que vous utilisez pour redécouvrir leur vrai visage. Il faut parfois aller jusqu’à remettre à l’endroit ce qui a été retourné, mis à l’envers. C’est à ce prix aujourd’hui que la vérité se trouve. Dans un monde qui a perdu ses repères (et pour cause), le bénéfice de savoir ce pour quoi nous existons (autrement dit comment se définit la réalité) n’a pas de prix !

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samedi 4 juillet 2009

Relativisme ou radicalisme ?

Nouveaux mots, nouveaux sens

Le nouveau dictionnaire vient de sortir. Mis à part les mots nouveaux, sortis du langage courant, qui y ont été intégrés, un commentateur faisait remarquer que le sens de certains mots a également changé. Deviennent toxiques, par exemple, non plus seulement des produits dangereux pour l’espèce humaine, mais des actifs bancaires improductifs. Ce glissement du sens des mots ne date pas d’hier. Il est un reflet assez juste, pour certains d’entre eux, de l’évolution des mentalités.

Le compromis

Prenons pour exemple le compromis ! Il y a encore quelques dizaines d’années ce terme avait une connotation largement péjorative. Faisait des compromis celui qui cédait, qui en venait à se résoudre à sacrifier ses principes pour un intérêt qui, manifestement, était de moindre valeur. Il n’en est plus de même aujourd’hui. L’homme capable de faire des compromis est loué. C’est l’homme ouvert, flexible, tolérant, tout le contraire de l’intégriste, de l’homme borné. C’est l’homme capable de privilégier la paix, fût-ce aux dépens de ses convictions. C’est l’homme, non des extrêmes, mais du chemin du milieu.

Relativisme ou radicalisme

Je ne veux pas nier ici le fait qu’il y a effectivement du bon à être conciliant. Mais à force de placer cette attitude comme étant la qualité supérieure de l’homme moderne, on en vient inévitablement à une société où tout, finalement, est relatif. Pour certains sujet cependant, j’en prends pour témoin Jésus, ce n’est pas le relativisme qui convient, mais le radicalisme. Evoquant le sujet de l’adultère, Jésus dit : " Si (dans ce domaine) ton œil est pour toi une occasion de chute, arrache-le et jette-le loin de toi ; car il est avantageux pour toi qu’un seul de tes membres périsse, et que ton corps entier ne soit pas jeté dans la géhenne. Et si ta main droite est pour toi une occasion de chute, coupe-la et jette-la loin de toi ; car il est avantageux pour toi qu’un seul de tes membres périsse, et que ton corps entier n’aille pas dans la géhenne. " Jésus d'ailleurs ne s'est pas contenté d'être radical par les paroles. Il a souvent joint le geste à la parole. En témoigne son attitude dans le temple de Jérusalem où, armé d'un fouet, il va chasser sans douceur les vendeurs venus à la fête pour se faire "du fric".

Manifestement, aux dires de Jésus, le chemin du milieu est loin d’être, dans tous les cas, la solution idéale. Il y a des intérêts supérieurs, dit Jésus, qui font que la seule voie sensée, intelligente que l’homme puisse prendre est le radicalisme. N’est-ce pas d’ailleurs la voie que l’Etat préconise lorsque, sur les paquets de cigarettes, il impose que soit inscrit que le fait de fumer conduit à la mort ou qu'il y imprime des photos de personnes atteintes de cancer suite à leur addiction au tabac ? Oui ! Il y a bien des domaines où la voie royale, la voie de la sagesse et du bon sens impose que ce soit le radicalisme et non le relativisme qui soit le bon principe à adopter.

De la difficulté d’être radical

D’où vient donc notre difficulté à être radical ? Essentiellement, je pense, au fait que nous ne croyions pas à la gravité des dégâts qu’occasionne le mal auquel on nous demande de nous abstenir. Nous temporisons estimant qu’il y a toujours possibilité de s’arrêter avant que les choses ne deviennent trop graves. Nous laissons, comme le dit le livre biblique du Cantique des cantiques, les petits renards gambader dans nos vignes refusant de voir le préjudice qu’ils occasionnent aux fruits, puis à la récolte. Pourtant, comme le dit Jésus, quiconque se livre au péché ne peut faire autrement que de devenir l’esclave du péché. Aussi ce que Jésus vise dans la vie de celui en qui il travaille est, non pas qu'il se complaise dans le relativisme, mais que, là où il le faut, il soit un adepte du radicalisme.

S’il y a bien des hommes qui, en ce siècle laxiste, sont admirables, ce sont les hommes de principe : ceux qui, pour rien au monde, ne seraient prêts à abandonner leurs résolutions à bien faire pour des raisons de convenance ou d'adaptation aux autres. Jésus était de ceux-ci à l’égard du péché, qu’il paraisse bénin, ou horrible. Jésus ne mangeait pas trop ; il n’entretenait aucune pensée impure ; il n'était esclave d'aucune addiction ; il se refusait à la critique malsaine et infondée ; il n'était jamais manipulable : personne ne pouvait le mettre dans sa poche ; il ne se permettait pas de se relâcher sous prétexte qu’il était fatigué ou qu’il avait assez donné… Pour Jésus, le péché (le fait de se servir soi avant Dieu ou les autres) est toujours grave car, dans sa nature, il sépare de Dieu et amène l'homme à vivre à un niveau inférieur de celui qu'il souhaite pour lui. C'est pourquoi, tout au long de sa vie, Jésus sera l’ennemi du compromis, que ce soit à l’égard de la vérité ou du péché.

A l’heure où l’été approche, nous invitant aux vacances et au farniente, son exemple, et celui de tous les hommes du passé, admirables pour la fermeté dans leur attachement à leurs principes, m’interpelle. Si l’Eglise de Jésus-Christ n’est plus ce qu’elle est, n’est-ce pas aussi parfois parce que, du radicalisme qu’elle trouve extrême, elle est passée au relativisme qu’elle juge convenable ?


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samedi 23 février 2008

Appétit de gloire !

Fait local

Le dernier concert annuel de l’école de musique de la ville où j’habite n’était pas ordinaire. Alors que, d’habitude, place est faite à la musique et aux musiciens, cette soirée a eu pour centre un hommage : l’hommage rendu au conseiller municipal chargé de la gestion de l’école qui, à 83 ans et après 18 ans de service, rendait son tablier. Après l’éloge du maire, le clou de la soirée était le dévoilement d’une plaque au nom du conseiller municipal, plaque désormais apposée dans une des salles principales de l’école.

Recherche de gloire

Nous sommes tous quelque part sensible à la gloire. Et ce n'est certainement pas les décorés annuel de la légion d'honneur qui le nieront. Cette recherche de gloire, le philosophe Blaise Pascal l’appelait une vanité. « Une vanité si ancrée dans le cœur de l’homme, dit-il, qu’un soldat, un goujat, un cuisinier, un crocheteur se vante et veut avoir ses admirateurs ; et les philosophes même en veulent ; et ceux qui écrivent contre veulent avoir la gloire d’avoir bien écrit, et ceux qui les lisent veulent avoir la gloire de les avoir lus ; et moi qui écrit ceci, dit Pascal, j’ai peut-être cette envie ; et peut-être ceux qui me liront aussi. »

La recherche de la gloire est si ancrée en nous que certains, pour y parvenir, n’hésitent pas à employer tous les moyens. Ainsi, il ressort que c’est par simple désir de gloire que Jérôme Kerviel, le trader de la Société Générale, a fait en cachette les opérations qui ont fait perdre 5 milliards d’euros à la banque. Son but n’était pas l’argent ou l’enrichissement personnel. Il voulait sortir du lot et apparaître comme l’un (ou le) meilleur de sa profession. Tel fut aussi, pour d’autres raisons, la motivation qui aiguillonna Mark Chapman, l’assassin de John Lennon. Interrogé sur les raisons qui l’ont poussé à poignarder son idole, il répondra qu’il l’a fait uniquement dans le but d’avoir la gloire d’être connu. Ce n’est pas tout le monde en effet qui peut se vanter d’avoir tué l’un des Beatles !

Origine de cette recherche

Il ressort de l’exemple de Chapmann et de Kerviel une vérité criante au sujet de la gloire. La recherche de gloire est l’expression du désir de chacun de sortir de l’anonymat, du lot, de briller par son originalité, ses œuvres, ses exploits, bref, de s’élever au-dessus du commun des mortels pour être perçu… comme un dieu. Cette recherche d’éclat, de distinction, d’admiration, témoigne la Bible, est à l’origine même de ce que le langage théologique nomme la chute. Elle est à la fois la cause première de la rébellion de Lucifer, l’ange déchu, contre Dieu, le Créateur, et le thème même de la proposition qu’il fera, au travers du serpent ancien, à nos premiers parents : affranchissez-vous de Dieu et vous serez comme des dieux…

Légitimité de la gloire

Ceci dit, la gloire n’a en elle-même rien de mauvais. Il n’y a, en effet, rien de négatif au fait de reconnaître la valeur ou même l’excellence d’une personne dans un domaine particulier. La Bible elle-même n’hésite pas à louer la beauté de Sara, la femme d’Abraham, la force du juge Samson ou la sagesse de Salomon. Nous sommes tous des êtres uniques et, d’une certaine façon, nous brillons tous d’un éclat original.

La question qui se pose au sujet de la gloire est double :

1. qu’est ce qui fait l’objet de ma gloire (notoriété, réputation) ? Est-ce ce qui est bien ou ce qui est mal ? Oussama Ben Laden est quelqu’un de glorieux parmi les radicaux islamistes. Mais, avoir pour prix de la gloire, le sang de plus de 3 000 victimes sur la conscience, n’est certainement pas enviable. S’il faut être connu, mieux vaut l’être pour avoir sauver des vies plutôt que d’en avoir détruit !

2. que fais-je de la gloire que je reçois ? Vais-je me l’attribuer ou, comme Jean-Sébastien Bach, le prince des musiciens, reconnaître que c’est à Dieu, mon Créateur, qu’elle revient (Bach signait toutes ses œuvres des 3 initiales SDG : Soli Deo Gloria : A Dieu seul la gloire). Car il est évident, même si c’est au prix d’un dur labeur, que nous ne sommes pas produits nous-mêmes, mais, qu’à la base, nous avons reçu les facultés qui sont à la base de notre gloire !

Enseignement de Jésus sur la gloire

Avant de voir dans un prochain billet ce que la Bible dit de la gloire, je terminerai celui-ci par 3 enseignements précis de Jésus à ses disciples sur le sujet :

1er enseignement :

Texte biblique

Je ne tire pas ma gloire des hommes.
Mais je sais que vous n’avez point en vous l’amour de Dieu.
Je suis venu au nom de mon Père, et vous ne me recevez pas ; si un autre vient en son propre nom, vous le recevrez.
Comment pouvez–vous croire, vous qui tirez votre gloire les uns des autres, et qui ne cherchez point la gloire qui vient de Dieu seul ?
(Evangile selon Jean, chapitre 5, versets 41 à 44)

Il y a une forte opposition de nature entre la recherche de la gloire humaine et la recherche de la gloire qui vient de Dieu. Soit nous poursuivons l’une, soit l’autre ! Mais nous ne pouvons pas concilier les deux !

2ème enseignement :

Texte biblique

Gardez–vous de pratiquer votre justice devant les hommes, pour en être vus ; autrement, vous n’aurez point de récompense auprès de votre Père qui est dans les cieux.
Lors donc que tu fais l’aumône, ne sonne pas de la trompette devant toi, comme font les hypocrites dans les synagogues et dans les rues, afin d’être glorifiés par les hommes. Je vous le dis en vérité, ils ont leur récompense.
Mais quand tu fais l’aumône, que ta main gauche ne sache pas ce que fait ta droite, afin que ton aumône se fasse en secret ; et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra.
(Evangile selon Matthieu, chapitre 6, versets 1 à 4)

Deux façons d’agir bien distinctes séparent ceux qui sont à la recherche de la gloire humaine et ceux qui sont à la recherche de la gloire divine. Les uns cherchent à être vus. Ils cherchent les honneurs et la reconnaissance publique. Les autres agissent en secret. Ce qui les préoccupe est d’agir sous le regard de Dieu.

3ème enseignement :

Texte biblique

Il adressa une parabole aux invités parce qu’il remarquait comment ceux–ci choisissaient les premières places ; il leur disait :
Lorsque tu es invité par quelqu’un à des noces, ne va pas t’installer à la première place, de peur qu’une personne plus considérée que toi n’ait été invitée, et que celui qui vous a invités l’un et l’autre ne vienne te dire : « Cède–lui la place. » Tu aurais alors la honte d’aller t’installer à la dernière place.
Mais, lorsque tu es invité, va te mettre à la dernière place, afin qu’au moment où viendra celui qui t’a invité, il te dise : « Mon ami, monte plus haut ! » Alors ce sera pour toi un honneur devant tous ceux qui seront à table avec toi.
En effet, quiconque s’élève sera abaissé, et celui qui s’abaisse sera élevé.
(Evangile selon Luc, chapitre 14, versets 7 à 11)

C’est l’humilité et non l’orgueil, ou l’affirmation de soi, qui précède la gloire. Dieu connaît parfaitement chacun et, Lui seul, a la juste appréciation de chacun. Ce qui est élevé dans ce monde ne l’est pas forcément devant Lui. Et ce qui n’est pas reconnu a sa juste valeur ici-bas ne saurait être oublié par Lui.

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samedi 16 février 2008

Repentance

Le discours de Caen

Avant même qu’il soit élu Président de la République, Nicolas Sarkozy en a fait un point de rupture moral essentiel avec la pratique de Jacques Chirac, son prédécesseur : la France cessera désormais de se repentir de son passé. Son discours, prononcé à Caen le 9 mars 2007 en témoigne :

« La mode de la repentance est une mode exécrable. Je n'accepte pas que l'on demande aux fils d'expier les fautes des pères, surtout quand ils ne les ont pas commises. Je n’accepte pas que l’on juge toujours le passé avec les préjugés du présent. Je n’accepte pas cette bonne conscience moralisatrice qui réécrit l’histoire dans le seul but de mettre la nation en accusation. Je n’accepte pas ce changement systématique de la nation qui est la forme ultime de la détestation de soi. Car pour un français, haïr la France c’est se haïr lui-même. Je n’accepte pas que l’on veuille vivre en France en professant la haine de la France. Je veux que le racisme et l’antisémitisme soient poursuivis et condamnés avec la plus grande sévérité. Mais je ne veux pas que l’on dise que tous les Français sont racistes ou antisémites, parce que c’est faux. Je ne veux pas que l’on dise que la France est le pays le plus raciste et le plus antisémite au monde, parce que ce n’est pas vrai, parce que la France c’est exactement le contraire, c’est le pays des droits de l’homme, c’est le pays qui récuse le plus le communautarisme qui renvoie chacun à ses origines ethniques et religieuses, c’est le pays de la République, qui s’est toujours battu depuis deux cents ans pour la liberté, l’égalité et la fraternité de tous les hommes . »

On peut ou non adhérer aux propos du chef de l’Etat. Mais avant d’en juger, il serait bon de comprendre ce qu’est vraiment la repentance, quel état d’esprit elle suppose. C’est dans la bouche de Jean-Baptiste, précurseur de Jésus, que le mot prend sa vraie dimension. La repentance, destinée à préparer Israël à la venue du Christ est son message essentiel. Le mot grec « métanoia » implique un changement profond, radical de manière de penser. La repentance est un demi-tour. Pour la distinguer des simples remords ou regrets humains, je vous propose une comparaison basée sur 7 symptômes différenciant une vraie repentance d’une fausse

La vraie repentance

1. Vient de la prise de conscience que nous sommes responsables de tous les choix que nous avons fait dans notre vie. A l’image du fils prodigue de l’Evangile, celui qui se repent, rentre en lui-même, fait le bilan de sa vie et comprend que tout ce qu’il a fait est contraire à ce que Dieu voulait pour lui.

2. Nous place au rang des coupables. Nous comprenons que c’est nous-mêmes et les choix que nous avons faits qui sommes les premiers artisans de notre malheur. « J’ai péché » s’écrie celui qui se repent.

3. Est inspirée par le dégoût et la haine profonde de ce que nous sommes et de ce que nous avons fait. Nous ne nous trouvons plus d’excuse. D’accord avec Dieu, nous nous condamnons nous-mêmes et confessons que nous ne sommes dignes de rien, et que le rejet de Dieu est la seule chose que nous méritons

4. Nous amène à nommer nos fautes de la façon avec laquelle Dieu les nomme dans sa loi : avoir une relation sexuelle avec un homme sans être marié est un adultère, un avortement est un meurtre… c’est ce qui s’appelle confesser ses péchés. Nous nous voyons avec horreur tel que Dieu nous voit.

5. Nous amène à craindre le jugement de Dieu et à comprendre que sans Son pardon, nous sommes éternellement perdus.

6. Nous pousse à nous tourner vers le Christ, parce que nous réalisons notre impuissance complète à nous changer. Nous n’avons plus aucune confiance en nous-mêmes ou nos propres forces pour espérer être différent. Nous accueillons alors Jésus-Christ dans notre vie parce que nous savons que Lui seul peut nous communiquer la vie qui nous manque. Dieu, par le Christ, est invité à occuper le trône de notre vie.

7. Conduit au salut et à la vie éternelle

La fausse repentance

a. Naît du regret des conséquences fâcheuses pour nous-mêmes des choix que nous avons fait dans notre vie. On regrette dans notre vécu ce qui a mal tourné, mais pas le choix qui a été à l’origine de ce qui a mal tourné

b. Fait que nous nous plaçons davantage en victimes qu’en coupables. La part que nous mettons sur les autres dans notre malheur est plus grande que celle que nous nous attribuons

c. Ne conduit pas au dégoût profond de sa personne. Nous pensons seulement que nous n’avons pas eu de chance et que, si les choses avaient été meilleures, cela se serait passé autrement. Il n’y a pas de remise en question fondamentale de sa façon de vivre. C’est davantage la pitié de soi qui nous anime que le rejet de soi.

d. Minimise l’importance de la faute et de sa gravité. On prétexte alors les bons sentiments, la sincérité ou l’ignorance. On n’est pas prêt à mettre sur sa personne le qualificatif que Dieu y met.

e. Se soucie d’abord de la réussite de sa vie humaine à venir sur la terre. Ce qu’on cherche, c’est un moyen, une recette pour vivre mieux plutôt que le moyen d’être en paix dans sa conscience avec Dieu.

f. Nous amène à nous tourner vers Dieu pour qu’il nous aide à mieux vivre. Mais, au fond de soi, on n’a pas encore capitulé. On ne souhaite pas que ce soit le Seigneur qui soit le maître, mais on continue à vouloir programmer sa vie soi-même comme on l’entend. On veut bien de Dieu dans sa vie, mais c’est toujours nous qui occupons le poste de commande de la vie.

g. Nous laisse en-dehors du Royaume de Dieu.


Que sert-il à un homme de gagner le monde entier s'il perd son âme : Jésus

samedi 21 juillet 2007

L'utopie de l'idée de progrès

Sens

Dans un billet récent, je me suis proposé de réexaminer, à la lumière de l’usage et de la pensée biblique, le sens de certains mots. Les mots que nous utilisons, avons-nous vu, ne sont pas neutres. Ils sont chargés de sens. Ils nous servent à définir nos idées, notre vision du monde, les concepts qui sont à l’origine de notre façon de penser, de ce que nous croyons. Certains mots sont si utilisés qu’ils paraissent usés jusqu’à la corde. D’autres sont porteurs d’idées si vastes qu’ils en deviennent des bannières au service de partis qui se les approprient. Que serait ainsi, par exemple, le discours d’Arlette Laguiller sans le mot « travailleur » qui lui est inévitablement associé ?

Prisonnier d’une idéologie ou d’un parti, les mots risquent de se dévaluer, d’exprimer une caricature ou de donner une vision réduite de la réalité qu’ils devraient recouvrir. D’où la nécessité d’essayer de retrouver, si possible, la genèse des mots que nous utilisons. Nous constaterons alors que, comme tout ce que l’homme touche, les mots les plus beaux auront été la plupart du temps salis, corrompus, détournés du but ou de l’idée qu’ils étaient à l’origine sensés représenter.

Progrès

Le premier mot que j’aimerais mettre à l’épreuve de l’analyse est celui de progrès. S’il est une catégorie de personnes qui connaît bien ce mot, ce sont les collégiens ou les lycéens. « A fait des progrès », « Peut progresser », sont peut-être les mentions que l’on trouve le plus couramment en marge des bulletins scolaires. L’idée de progrès est liée à un parcours. D’un point A, celui qui progresse se déplace vers un point B qui le rapprochera vers un but C ou D, sensé être le niveau maximum qu’il est appelé à atteindre. L’idée de progrès est ainsi inévitablement liée à l’idée d’excellence, de perfection ou d’idéal à atteindre.

Si le progrès peut être considéré comme un principe, la difficulté réside, en ce qui concerne le contenu que l’on donne à ce mot, dans la nature des idéologies auxquelles il est associé. Car, selon le but ou l’idéal auquel on aspire, ce qui est progrès pour les uns est régression pour les autres. Pour les tenants du droit à la liberté de la femme de disposer de son corps comme elle le souhaite, la loi Veil sur l’avortement est un progrès. Pour ceux pour qui la vie est sacrée, la même loi est un recul. Pour les militants de la tolérance absolue, la reconnaissance du droit à l’orientation sexuelle de son choix est un progrès. A ceux pour qui le socle de la société est la famille, une telle idée est un désastre. Il n’est donc juste pour personne de s’approprier le mot de progrès pour définir l’idéologie qu’il soutient. Car le progrès indique le mouvement. En aucun cas, il ne désigne, à lui tout seul, quelque chose de qualitatif.

Genèse du terme

« Le progrès est une idée très en vogue, écrit Jean-Michel Ducomte, avocat et enseignant. Lors des dernières élections, toute personnalité politique, qu’elle soit de droite ou de gauche, se réclamait du courant progressiste. Croire au progrès, c’est avoir la conviction que l’avenir recèle des ressources pleines de promesses. C’est la garantie d’une société en marche pour l’amélioration de la condition humaine… Le progrès est indissociable de l’affirmation de valeurs à prétention universelle… Croire au progrès, c’est penser que le temps social et politique est orienté vers un but, c’est affirmer qu’existe un sens à l’histoire, conçu tout à la fois comme une signification et une direction. Jusqu’au début du XXème siècle, l’idée dominante était celle d’un progrès sans entrave, menant la destinée humaine vers un avenir meilleur… »

« Le progrès, cette marche de l’humanité vers la perfection, est une idée relativement neuve. Pendant plusieurs siècles, le progrès reste hors de la portée des hommes. Le monothéisme chrétien règne en maître absolu et l’homme est cadenassé par le principe de l’autorité divine. Pour les chrétiens, si l’idée de salut et d’espoir comporte la promesse des temps futurs pleins de félicité, l’homme ne peut y accéder par les seules vertus de son industrie, mais par sa foi, condition de son salut. Ce n’est qu’à partir du XVème siècle, que l’homme commence à se libérer de l’emprise du religieux. Avec la renaissance, des conquêtes scientifiques émergent qui permettent de voir le monde avec un regard nouveau… »

L’idée de progrès et ses avatars

L’idée du progrès devenant la nouvelle foi d’une humanité émancipée de Dieu, la porte était ouverte à de nouvelles constructions philosophiques expliquant le monde. A l’affirmation biblique du créateur, les tenants du progrès substituèrent rapidement la théorie darwinienne de l’évolution comme mécanisme inscrit au cœur même du vivant. La question de l’origine de l’homme résolue, le nouveau fondement posé n’allait pas tarder à voir se greffer quantité d’idéologies centrées sur l’homme réputé, avec Rousseau, bon. Cependant, selon l’analyse faite au début, l’idée de progrès n’allait pas générer les mêmes analyses et les mêmes conclusions chez tous. Selon la perception de chacun sur ce qu’est l’obstacle majeur au progrès, les idéologies nées de l’adhésion à ce concept, allaient s’affronter avec férocité les siècles suivants. Jean-Michel Ducomte fait ainsi dériver de l’idée de progrès :
- Auguste Comte, le fondateur du positivisme
- Max Weber, fondateur de la sociologie et du capitalisme naissant
- Adam Smith, théoricien du capitalisme libéral
- Marx et Engels, les théoriciens du socialisme

Déconvenues

« Le progrès, comme moteur du moins bien vers le mieux, et objet d’espérance, en un avenir radieux : l’idée était belle, mais mise à l’épreuve des faits, cette croyance qui frisait l’idolâtrie ne résista pas… A côté d’un prodigieux essor des sciences et des techniques, l’absurdité sanglante du premier conflit mondial, l’horreur absolue des logiques génocidaires, les crimes du stalinisme et la Shoah vont ébranler la foi sans borne dans l’avenir de l’humanité… Progressivement, il fallut se rendre à l’évidence, la logique émancipatrice d’un progrès indéfini avait échoué, et pire, était responsable d’un processus de désenchantement… Face aux drames d’Hiroshima, les catastrophes de Bhopal ou de Tchernobyl, l’idée que le progrès scientifique et technique serait la garantie d’une amélioration constante de la condition humaine perd encore de sa crédibilité. Il n’apparaît plus que comme un instrument susceptible d’alimenter les passions destructrices et le désir de dominer. »

Que reste-t-il de l’idée de progrès ?

C’est le titre d’une thèse écrite par Etienne Klein, docteur en philosophie des sciences, dont je vous livre quelques extraits. « Désormais, dans nos sociétés, rien n’est vrai que l’immédiat. C’est le présent qui nous domine du matin au soir… On voit bien que depuis quelques années, la catégorie des « lendemains » s’est mise à fléchir. Il n’est plus sûr qu’ils chanteront et certains qu’ils ne chanteront pas juste. Un malaise général a émergé. Une paralysie s’est emparée des discours. La prophétie s’est brisé quelque part, on ne sait pas bien où. Les thèses pas si anciennes qui avaient porté l’espoir de refaire un monde neuf se révèlent sans prise. L’espoir d’un futur radicalement autre s’est effacé par l’effet d’une sorte de lassitude universelle, d’une pesanteur inexorable. L’heure n’est pas celle de l’apocalypse, non, plutôt celle de l’obscurcissement qui gagne, d’un crépuscule, mais d’un crépuscule qui progresse sans la chaleur prometteuse des soirs d’été…

Ce qui est sûr, c’est que le mot progrès a été longtemps un mot magique. Le prononcer, c’était présenter l’avenir, comme un but, comme un accomplissement. C’était imaginer que le temps est le chemin qui mène, sinon à la perfection, du moins au perfectionnement. La philosophie du progrès s’est d’ailleurs construite sur l’idée que le meilleur allait de toutes façons advenir, sinon pour nous, du moins pour nos enfants. On s’en remettait au développement technique et industriel, croissant selon un temps orienté et continu. On croyait pouvoir, à partir de là, en étendre les bénéfices jusqu’à la politique et à la morale. Cette attitude générale faisait que nous attendions sans cesse. L’idée de progrès sonnait comme une promesse, comme un bonheur différé qui procurait à l’anémie du présent une sorte de fortifiant. En somme, elle rendait le présent tolérable en faisant aimer l’avenir.

Mais aujourd’hui, que se passe-t-il ? L’idée selon laquelle l’avenir serait systématiquement complice des initiatives humaines décline. Par une sorte de sortilège, il suffit désormais à l’avenir de devenir présent pour se désenchanter… L’avenir nous inquiétait hier parce que nous étions impuissants, il nous effraie aujourd’hui par les conséquences de nos actes que nous n’avons pas les moyens de discerner. Nous nous sentons impuissants vis-à-vis de notre propre puissance. Celle-ci nous gargarise de belles promesses autant qu’elle nous effraie… »

Réflexion biblique

Bien que neuve, l’idée du progrès est aussi vieille que le monde. Elle apparaît dans le jardin d’Eden dans la proposition faite par Satan à nos premiers parents de goûter à l’arbre de la connaissance. Une proposition qui vise à faire croire que l’homme peut par lui-même atteindre un état idéal supérieur à celui que Dieu peut lui donner. Le monde et toute son histoire témoigne du mensonge de cette proposition. Le philosophe juif allemand Léo Strauss a dit : « En terme de progrès, l’homme moderne est un géant comparé à l’homme d’autrefois. Mais il nous faut aussi noter qu’il n’y a aucun progrès équivalent en sagesse et en bonté. L’homme moderne est un géant dont nous ne savons pas s’il est meilleur ou pire que l’homme d’autrefois. » La faillite de l’idée de progrès donne raison au diagnostic posé par Jésus, le Christ, sur la nature humaine. Pour devenir nouveau, l’homme doit recevoir une vie nouvelle, d’en-haut. La naissance naturelle ne transmet, dit Jésus, que la vie humaine naturelle. Seule une naissance spirituelle peut transmettre la vie de l’Esprit. Le seul progrès que l’homme puisse faire est donc de se repentir de ce qu’il est, de revenir à Dieu, de se laisser réconcilier avec Lui par le Christ, et de laisser Son Esprit le transformer.

P.S : vous pouvez retrouver ce billet sur http://www.agorapolitique.com/
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samedi 19 mai 2007

Le poids des mots


Langage

Notre premier moyen de communication, nous le savons, est le langage. Il est aussi, par excellence, ce qui nous différencie de l’animal. Non pas que celui-ci ne puisse communiquer. Mais, à ce jour, aucune étude sérieuse n’a pu démontrer que l’animal soit capable de penser, de définir des concepts, de formuler des idées. Les mots, la parole, sont le domaine de l’homme…créé à l’image de Dieu, un Dieu, dit la Bible, qui parle, communique, se révèle.

Mots

Les mots, cet assemblage de lettres et de syllabes, ne sont pas que des sons. Ils sont tous chargés de sens. Ils servent à désigner, nommer, donner une identité à ce qui, jusqu’alors, n’en avait pas. Aussi, dès sa création, dit la Bible, le premier travail de l’homme sera de donner un nom aux animaux (Genèse 2,20). Nommer, classer, répertorier est dès lors le travail de tout scientifique, perpétuant l’activité première d’Adam. Les mots ne répondent ainsi pas seulement à une question de commodité, mais à besoin d’ordre. Une nécessité même, pourrait-on dire. L’homme est ainsi fait qu’il ne se sent bien que s’il y a une place pour chaque chose et chaque chose à sa place. C’est pourquoi conceptualiser, définir, formuler est si important pour l’équilibre, la paix, la santé de chacun. Les mots sont plus que des lettres assemblés. Ils sont des repères.

Identité

L’importance qu’ont les mots n’apparaît jamais autant que lorsqu’il n’en existe aucun pour définir une réalité à laquelle nous avons à faire face. Alors que ma femme remarquait des anomalies dans le développement et les capacités physiques de notre fille, plusieurs examens nous ont permis de mettre un nom à l’affection dont elle était atteinte. Un nom barbare, imprécis, mais qui avait le mérite de donner une identité à son mal. Telle est, répétons-le, la première utilité des mots. Ils fournissent une identité à ce qui n’en avait pas.

Légèreté, incohérence

Nous devons bien en prendre conscience. Aucun des mots que nous employons n’est neutre. Tous sont chargés de sens. Tous font référence, soit à un savoir, soit à un concept. Ils ont une telle importance dans le poids des responsabilités qui pèse sur chaque vie, que Jésus dit que les hommes rendront compte devant Dieu de toutes les paroles vaines et inutiles qu’ils auront proférées. Rendez-vous compte de ce que cela signifie ? Combien de mots avez-vous dit aujourd’hui ? Combien étaient utiles, édifiants, justes ? Nous parlons si vite. Nous nous exprimons si légèrement si souvent ! Nos mots peuvent être porteurs de tant de maux ! Avons-nous réfléchi suffisamment avant d’exprimer une opinion ? Avons-nous fait le tour de toute la question ? Ne nous contredisons-nous pas souvent ? Tous les mots que nous avons prononcé, dit Jésus, ont été consignés dans le disque dur de la mémoire divine. Aussi, dans le jugement qu’Il portera sur notre vie, Dieu est capable de les ressortir quand Il le veut. Etes-vous prêts à vous rencontrer vous-mêmes ? A être face à vos propres mots ? En inventerez-vous de nouveau pour vous expliquer, vous justifier, prouver que, finalement, vous ne vouliez pas dire ce que vous avez dit ? Si nous pouvons tromper notre prochain, nous ne trompons pas Dieu !

Les bons mots

Il y a des mots que Celui-ci pourtant aime entendre. Ce sont ceux qui expriment la vérité. « C’est vrai ! Je suis comme cela : un menteur, un adultère, un orgueilleux… bref, un pécheur ». « Seigneur Dieu ! Je suis mauvais, incapable de me changer, de me réformer. J’ai besoin de Toi, de Ton pardon d’abord, puis d’une nouvelle vie… Je viens à Celui qui est la Vérité, Jésus-Christ. Celui chez qui il n’y avait jamais de double langage. Celui dont les actes correspondaient toujours aux paroles. J’ai besoin de Son Esprit dans ma vie pour que les mots qui sortent de ma bouche expriment ce qui est bon, juste, vrai comme les Siens. » Ces mots, vous pouvez les dire à Dieu quand vous voulez. C’est toujours pour Lui une joie, un plaisir immense, insurpassable de les entendre…

Bientôt…

Les mots exprimant les idées, nous chercherons dans de prochains billets à réfléchir au sens de plusieurs d’entre eux. Certains sont si communément utilisés que nous ne nous rappelons même plus à quoi ils font référence. Peut-être qu’après y avoir réfléchi à nouveau, serons-nous plus prudents pour les utiliser…


Que sert-il à un homme de gagner le monde entier s'il perd son âme : Jésus