Affichage des articles dont le libellé est La Réforme. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est La Réforme. Afficher tous les articles

lundi 29 avril 2013

Vinet, apôtre de la liberté



Vinet

Alexandre Vinet, descendant d’une famille huguenote chassée de France à cause de sa foi, est
né à Lausanne le 17 juin 1797 et décédé à Clarens le 4 mai 1847. Historien, théologien et critique littéraire, Vinet est l’un des penseurs du christianisme les plus brillants de son temps. Certains parmi ses proches n’hésitent pas à le placer au même rang que St Augustin, Calvin ou Luther. Défenseur acharné de la vérité jointe à la liberté, Vinet en a défendu les intérêts jusqu’à son dernier souffle. Liberté, ordre et christianisme étaient à son sens trois choses corrélatives et absolument inséparables. « L’une appelle nécessairement les deux autres et aucune ne saurait prétendre exister et faire ses affaires isolément, disait-il. » Tout le génie de Vinet tient à la démonstration que liberté et vraie religion ne sont pas ennemies, mais compagnes. « Le christianisme, disait Vinet, est dans le monde l’immortelle semence de la liberté. »

Liberté et christianisme

La conviction de Vinet lui valut des ennemis dans deux camps antagonistes. Le premier était le camp de ceux pour qui l’extirpation du christianisme était la condition du salut de la liberté ; le second était celui de ceux qui prônaient l’enchaînement de toute liberté au profit du christianisme. Vinet dénonçait avec vigueur l’alliance du despotisme avec le christianisme, une alliance contraire à sa nature. Il n’avait de cesse de combattre ce déplorable divorce entre les deux partis, divorce toujours présent dans les esprits aujourd’hui.

Vinet plaidait pour, qu’au lieu de consumer leurs forces dans des luttes stériles, les tenants du christianisme et de la liberté les mettent en commun car, aucun ne triompherait sans l’autre. Vinet était un visionnaire. A ceux qui ne veulent se préoccuper que des seuls intérêts de la liberté, il rappellera que « partout où le rayon divin n’est pas descendu, le libéralisme n’est qu’affaire de logique ou d’orgueil. La liberté sans la foi fait crouler les nations. La conscience du droit séparée de celle du devoir conduit à la ruine. Seules des convictions morales, spirituelles fortes peuvent donner aux peuples libres de supporter le fardeau de la liberté. La liberté sans le christianisme est une théorie stérile, une confédération des égoïsmes, et même, au-delà des apparences, un pas rétrograde vers la vie sauvage. En un mot, là où elle devrait être salut, elle devient ruine de l’humanité, et là où elle devrait être sa gloire, elle est sa honte… » « Une chose voulue par le plus grand nombre, dira Vinet, n’est ni juste ni sociale par cela seul ; elle peut être, au contraire, exécrable et subversive de toute société, et, fût elle voulue par tous à la fois contre un seul, elle ne doit point se faire ! »

Toutes les libertés modernes, affirme Vinet, sont filles du christianisme. Elles sont la dot que la religion de Christ a apportée aux Etats. A la base, sur le front, au faîte de l’édifice
majestueux élevé par le Christ, partout brille ce mot qui réjouit l’espèce humaine dégradée : liberté. « Les chrétiens, dit Vinet, doivent se rappeler qu’ils ont dans leurs mains la solution du problème social, et le double principe, admirablement un, de la liberté et de l’obéissance. C’est là le sel dont, au point de vue social, ils doivent saler la terre. » Et encore : « Une liberté qui n’obéit point est un pur non-sens ; car c’est pour obéir que nous sommes libres. Quiconque aime l’ordre sans aimer la liberté, n’aime pas l’ordre, et quiconque aime la liberté sans aimer l’ordre, n’aime pas la liberté. »

Littéraire, Vinet travaillait à la réhabilitation des mots. Un des maux principaux du monde venait, selon Vinet, du fait que les mots, qui étaient venus du ciel pour définir les concepts voulus par Dieu, avaient été déshonorés. « Pourquoi donc abuse-t-on des mots de liberté, de religion ou de philosophie, des choses sublimes et saintes ? C’est parce qu’elles sont grandes, et qu’elles peuvent, détournées de leur sens, devenir le prétexte de grands maux. L’âme humaine ne s’exalte pas de ce qui est bas… Ce n’est pas parce que la liberté a été inscrite par des mains profanes sur l’étendard de la rébellion, que le despotisme seul serait de droit divin. » La solution est de réhabiliter le vrai sens du mot liberté, non de l’éradiquer !

166 ans après la mort de Vinet, ses paroles n’ont rien perdues de leur pertinence. C’est pour le fait de ne pas les suivre que notre monde occidental, héritier et séparé du christianisme, s’enfonce dans la ruine… en attendant la sauvagerie…


Visitez : www.gillesgeorgel.com/

samedi 25 août 2012

Il y a 440 ans... le massacre de la Saint-Barthélemy

24 août 1572

Le 24 août 1572, jour de la Saint-Barthélemy, le carillon de l'église de Saint-Germain l'Auxerrois, en face du Louvre, donne le signal du massacre des protestants, à Paris et dans le reste du pays. C'est le jour le plus noir des guerres de religion entre catholiques et protestants qui ont ensanglanté le pays pendant plus d'une génération. Il est devenu le symbole universel du fanatisme.

Un mariage tendu
Tout commence par un... mariage, le 18 août 1572, celui d'Henri de Navarre et Marguerite de Valois, soeur du roi Charles IX (celle-là même qui entrera dans la légende sous le surnom de reine Margot). Les assistants de la noce, tant catholiques que huguenots (surnom des protestants), sont très agités en raison de la rumeur d'une prochaine guerre contre l'Espagne catholique du roi Philippe II.

Depuis plusieurs mois, l'amiral Gaspard de Coligny, chef de la faction protestante et principal conseiller du roi, tente de convaincre le roi d'envahir la Flandre, possession espagnole. Mais les chefs de la faction catholique, à savoir les frères de Guise et le duc d'Anjou, frère du roi Charles IX (qui lui succèdera plus tard sous le nom d'Henri III) ne veulent à aucun prix de cette guerre. La reine-mère Catherine de Médicis n'en veut pas davantage.

Le matin du 22 août, soit quatre jours après le mariage princier, un capitaine gascon blesse Coligny de deux coups d'arquebuse. Le roi se rend au chevet de son conseiller qui l'adjure de ne pas chercher à le venger ! Les noces s'achèvent dans la confusion. Malgré les recommandations de Coligny, les chefs protestants réclament justice. Au palais du Louvre où réside le roi de France, Catherine de Médicis craint d'être débordée par les chefs catholiques, qui reprochent à la monarchie de trop ménager les protestants. Pour sauver la monarchie, elle décide de prendre les devants et de faire éliminer les chefs protestants (à l'exception des princes du sang, Condé et Navarre, le jeune marié).

Le massacre
Le 24 août, fête de la Saint Barthélemy, avant le lever du soleil, Coligny est égorgé dans son lit et son cadavre jeté dans la rue et livré aux exactions de la populace. Les gardes et les miliciens, arborant une croix blanche sur leur pourpoint et une écharpe blanche, poursuivent le massacre dans le quartier de Saint-Germain l'Auxerrois. Ils massacrent deux cents nobles huguenots venus de toute la France pour assister aux noces princières et rassemblent leurs cadavres dans la cour du Louvre. Certains chefs protestants, prévenus à temps, arrivent à s'enfuir avec les gardes des Guise à leurs trousses.

Quand la population parisienne sort dans la rue, réveillée par le tocsin, elle prend connaissance du massacre. C'est aussitôt la curée. Dans les rues de la capitale, chacun s'en prend aux protestants de rencontre. Les malheureux, hommes, femmes, enfants, sont traqués jusque dans leur lit et mis à mort des pires façons. Et l'on en profite pour piller les biens des victimes.


À la mi-journée, le roi ordonne d'en rester là. Mais ses sonneurs de trompe ont le plus grand mal à faire respecter ses ordres. Charles IX assume la responsabilité des événements. Il explique que Coligny avait ourdi un complot et qu'il avait dû l'exécuter. On évalue le nombre total de victimes dans l'ensemble du pays à 30.000 (plus que sous la Commune de 1871). Il n'empêche que le massacre n'est pas ressenti avec une horreur particulière par les contemporains. Il apparaît à ceux-ci comme relativement banal dans l'atmosphère violente de l'époque.




samedi 5 juin 2010

Jacques Le-Febvre d’Etaples : un picard trop peu connu… (2)

Un protestant caché avant l’heure

Ce fut en lisant la Bible dans le texte original qu’il comprit, avant Luther, que le pécheur est justifié par la foi, et non par les œuvres. Sa joie fut aussi grande que sa surprise ! Mais comme il aimait Rome et vénérait son chef, il ensevelit au fond de son cœur la découverte qu’il venait de faire. Un autre, à sa place, eut parlé : lui se tut. Il était vieux et, par nature, doux et timide. Cependant, sans qu’il s’explique clairement, sa foi vive, profonde, se communiquait, comme un parfum à ses disciples avec lesquels il lisait le Nouveau Testament.

Un protestant qui se montre

La foi vivante finit toujours par triompher de notre timidité naturelle. Si elle ne fait pas de nous des héros, elle nous donne cependant un courage que nous n’aurions pas sans elle. C’est ce qui arriva au docteur d’Etaples, au milieu des diocésains de son protecteur l’évêque de Meaux, Guillaume Briçonnet. Pressés par eux d’en savoir plus sur la voie du salut nouvellement révélée, Le-Febvre se mit en tête de travailler à une traduction française des Evangiles.
Inévitable persécution

L’enseignement de Le-Febre à Meaux provoqua la colère du clergé. Au lieu d’une couronne, qu’il aurait fallu poser sur sa tête blanchie par les travaux et les années, il lui prépara un bûcher, sur lequel il serait monté sans l’intervention d’amis puissants à la cour. Quant à Briçonnet, il prit peur, et, sommé de comparaître, se rétracta et se renia.

La traduction de Le-Febvre provoqua une révolution dans le diocèse de Meaux. Chacun voulut lire le texte sacré. Des assemblées se formèrent spontanément et, sans qu’il n’y eut rien de prémédité, ces communautés naissantes ressemblaient trait pour trait aux églises primitives : même foi, même culte, même sainteté de vie.

La Sorbonne réagit en interdisant la traduction de Le-Febvre, et en faisant emprisonner plusieurs novateurs de Meaux. Le-Febvre d’Etaples prit la fuite et se réfugia, avec quelques disciples, à Strasbourg. Il y fut reçu avec tous les égards dus à son mérite et à sa piété. Il demeura dans la capitale de la réforme alsacienne jusqu’au moment où, grâce à la protection de Marguerite de Valois, sœur de François 1er, il put retourner à Paris. La princesse, qui l’affectionnait, le fit nommer précepteur du prince Charles, le 3ème fils de son frère.
Dernières années

Le bon docteur, dans la haute position qu’il occupait, se crut à l’abri des attaques des sorbonnistes. Il n’avait qu’une seule pensée : terminer la traduction de Evangiles, puis quitter ce monde. Mais il n’acheva pas ces jours à Paris. De nouveau persécuté, Le-Febvre ne dut une nouvelle fois son salut qu’à la protection de Marguerite de Valois qui l’emmena à Blois, et le chargea du soin de sa bibliothèque. C’est dans le château de cette ville que Le-Febvre acheva sa traduction du Nouveau Testament, la 1ère qui ait été publiée en français.

Blois encore trop près de Paris, Marguerite de Valois transféra le docteur à Nérac où, en tant que reine de Navarre, elle offrait l’asile à tous les persécutés. C’est la que, empreint de la tristesse de ne pas finir martyr pour sa foi, contrairement à beaucoup de son temps, Le-Febvre s’endormira dans les bras de son Sauveur, après avoir remis son âme à Dieu et ses biens aux pauvres. On lui éleva un tombeau dans l’église de Nérac. Il n’existe plus : des mains profanes et sacrilèges le détruisirent et jetèrent ses cendres au vent. De Le-Fevre d’Etaples, il ne reste qu’un nom et l’immense service qu’il a rendu au mouvement de la Réforme. Celle-ci ne peut ne peut qu’être fière d’avoir eu pour ancêtre un chrétien si pur et si pieux que Le-Febvre d’Etaples !

Que sert-il à un homme de gagner le monde entier s'il perd son âme : Jésus

samedi 20 mars 2010

Jacques Le-Febvre d'Etaples : un picard trop peu connu... (1)

Un homme trop méconnu

Jacques le-Fèvre d’Etaples devrait, au moins, être connu de tous les protestants français. Il occupe une telle place dans l’histoire de la révolution religieuse qui s’est produite au XVIème siècle qu’il apparaît comme un personnage incontournable. S’il n’est pas compté au nombre des réformateurs, il fût sans conteste l’un de ceux qui, par son influence, leur ouvrit la route.

Portrait

Jacques Le-Febvre naquit en 1455 à Etaples, petit bourg de Picardie. Pour les uns, sa famille était pauvre, pour d’autres aisée. Tous s’accordent à reconnaître cependant en lui, dès l’enfance, une belle intelligence, une âme noble, un cœur droit. Les détails sur ses premières années de vie nous manquent. Nous savons seulement qu’en 1490, il était à Rome où il séjourna jusqu’en 1492. C’est là qu’il étudia à la fois le latin et le grec, ce qui était rare à l’époque.

Le-Febvre s’était voué à l’état ecclésiastique par goût et aussi parce que c’était la seule ressource des roturiers qui désiraient s’instruire. De Rome il alla à Paris, où il fut nommé professeur de philosophie. Un auditoire nombreux se pressa autour de sa chaire, ravi d’entendre un homme qui savait rendre la science aimable et enseigner sans pédanterie. Pour ces raisons, au lieu d’admiration, il dut faire face à l’hostilité de ses collègues qui ne manquèrent pas de lui causer maintes tribulations qu’il supporta avec une patience admirable.

Un érudit

A cette époque, Le-Fèvre était connu sous le nom du docteur d’Étaples, par allusion au lieu de sa naissance. Son érudition était telle qu’il passait alors pour l’homme le plus savant et le plus éclairé de son temps. Le bon roi Louis XII l’honorait de son estime, ainsi que ses courtisans, fiers de posséder à Paris un homme d’un si grand mérite. Il dut à leur admiration de couler, pendant longtemps, des jours heureux, malgré les attaques de ses nombreux ennemis, qui ne lui pardonnaient pas sa gloire. Parmi ceux qui lui montrèrent une grande bienveillance, il faut placer en première ligne Guillaume Briçonnet, abbé de Saint-Germain-des-Prés, et depuis évêque de Meaux. C’était un homme doux, aimable, pieux mais faible. Il s’attacha à Le-Fèvre et se déclara ouvertement son protecteur. Le prélat devint l’ami du docteur et l’appela dans son diocèse pour y exercer les fonctions de grand vicaire.

Situation religieuse de l’époque

Le-Febvre vivait à une époque où la foi chrétienne s’était perdue. Les prêtres étaient ignorants, les évêques corrompus, le peuple superstitieux, la Bible aussi inconnue que le Coran. A la place de cette belle Église primitive, si sainte, si éclairée, on avait une Église qui ne connaissait, ni le Christ, ni sa parole. Un culte matériel avait remplacé le culte en esprit et en vérité. Au milieu de ces épaisses ténèbres pénétra soudain un brillant rayon de soleil. Le printemps succéda à l’hiver, et l’on vit tout à coup se réveiller, en France, le goût des lettres, des arts et des sciences. L’imprimerie, qui venait d’être découverte, donna une vive impulsion à ce beau mouvement auquel on donna le nom de Renaissance.

Plus, et mieux qu’un autre, Le-Febvre devait se réjouir à la vue de cette jeunesse intelligente, studieuse, avide d’apprendre, et des rangs de laquelle sortirent ces lettrés, ces savants, et ces artistes, qui immortalisèrent le règne de François Ier. Au milieu d’eux, Le-Febvre était comme un père, il encourageait leurs efforts, et quoique très âgé, il était le premier, par le zèle, la science et la piété. Pendant longtemps cependant il ne put faire briller, devant eux, le flambeau de l’Évangile. Pour lui, comme pour tous ses contemporains, la vérité chrétienne était alors un trésor caché. Le-Febvre était donc catholique, un catholique pieux, sincère, droit. Comme il croyait que l’homme se sauve par ses œuvres, il s’efforçait de faire celles dont l’Église romaine fait dépendre le salut : chaque jour il disait dévotement sa messe, récitait les litanies des saints, se soumettait à de longs jeûnes, et s’administrait la discipline.

Tous ces exercices corporels ne lui donnaient pourtant pas la paix. Son cœur était donc plein de tristesse. mais Le-Febvre ne se décourageait pas. Il nourrissait l’espérance que Dieu aurait pitié de lui ; et Dieu, qui se révèle toujours à celui qui le cherche sincèrement, lui répondit. Attirant son regard sur la Bible, il trouva la source où le pécheur puise son salut.



Que sert-il à un homme de gagner le monde entier s'il perd son âme : Jésus

samedi 19 décembre 2009

Calvin : 1509 - 2009 (12)



Dédicace

Dédicace prononcée par le pasteur Ruben Saillens en 1909 lors du 400ème anniversaire de la naissance de Calvin


Laissez dormir en paix ce géant solitaire !



Il savait la valeur des gloires de la terre,


Et voulut le silence autour de son tombeau.


Pour l’honorer, tenons élevé le flambeau


Que sa puissant main secoua sur le monde :


La Parole de Dieu !






Cette lueur féconde


Fit naître en tout pays des héros de la foi


Qui ne redoutaient point ni le pape ni le roi,


Etant prêtres et rois par la grâce divine…


Calvin les nourrissait de la pure doctrine,


Et les désaltérait au fleuve de l’Esprit


Qui jaillit du côté percé de Jésus-Christ.


Sa raison s’inclinant devant les saints oracles,


Contemplait le reflet de Dieu dans ses miracles ;


Il adorait le Fils qui, des cieux descendu,


Pour sauver le pécheur que l’orgueil a perdu,


Rencontra le Malin dans sa force usurpée,


Le vainquit par le Livre, et n’eut pas d’autre épée !


Il disait que l’Esprit est unique Docteur,


Qu’il faut, pour le comprendre, être serviteur,


Et que la grâce seule, et non pas le génie,


Révèle aux cœurs brisés ta gloire, ô croix bénie !


Le secret, disait-il, de toute liberté


Est dans l’obéissance, et si la vérité,


Daigne aux yeux des mortels se montrer toute entière,


C’est lorsqu’ils sont voilés des pleurs de la prière.


Ecolier passé maître à l’école de Dieu,


Il proclamait ses droits sur tout homme, en tout lieu :


Le droit de condamner le rebelle indomptable,


Celui de pardonner librement le coupable..


Il disait : « l’Eternel a parlé, taisons-nous !


Heureux qui, devant lui, sait ployer les genoux !


Il se redressera devant la tyrannie :


Par la crainte de Dieu, toute crainte est bannie ! »


Ainsi parlait Calvin et, d’un peuple ignorant,


Il fit, en peu de jours, le peuple le plus grand


Que l’Europe ait connu…

Lire la suite : http://shdbf.hautetfort.com/media/02/02/268403013.jpg

L'année Calvin se poursuivant jusqu'en juin 2010, de nouveaux articles tirés de la pensée de Calvin exprimée dans son oeuvre magistrale "l'Institution chrétienne" seront rapportés dans les prochains mois sur ce blog !

Visitez : http://georgelbooks.blogspot.com/



Que sert-il à un homme de gagner le monde entier s'il perd son âme : Jésus

samedi 28 novembre 2009

Calvin : 1509 - 2009 (11)

Une tache…


En cette année d’hommage rendu à Calvin, il ne serait pas honnête de taire ce qui, au temps de la gloire de la Genève réformée, reste dans l’histoire comme l’une de ses plus vilaines taches. Cette tache nous rappelle que, quelle que soit par ailleurs l’excellence d’une œuvre humaine issue d'une communion avec Dieu, les hommes qui en sont les outils restent des hommes. La Bible elle-même en rend compte, n’hésitant pas à parler de l’adultère d’un David, des excès d’impatience d’un Moïse ou de l’égoïsme d’un Ezéchias, tous, par ailleurs, désignés comme des hommes de Dieu. Un seul dans ce monde, rappelons-le, fera un parcours sans faute, sans tache. C’est Jésus-Christ, le Fils de Dieu ! S’il nous faut chercher à comprendre ce qui fait qu’un homme de Dieu puisse commettre de lourdes fautes, soyons assez humbles pour laisser à Dieu l’appréciation finale sur ces actes. Car Lui seul, qui connaît les cœurs, sait les tenants et les aboutissants réels de toute affaire.


L’affaire Servet (1)



Servet est un médecin espagnol, un esprit libre et aventureux. Il nie dans ses écrits la Trinité, et revendique une foi panthéiste. Il provoque Calvin à plusieurs occasions et lui répond en écrivant un livre : "La restitution chrétienne". Pourquoi Servet est-il venu le narguer à Genève, alors qu’il est déjà condamné en France d’où il vient de s’échapper ? Nul ne le sait. Reconnu, il est arrêté, emprisonné, jugé et finalement brûlé vif en octobre 1533. Genève voulait prouver par cette condamnation à l’Eglise catholique qu’elle savait elle aussi punir un « hérétique » .Elle avait par ailleurs peur d’une doctrine novatrice qui risquait de troubler l’ordre social existant. Elle voulait enfin faire de cette condamnation un signe d’exemplarité. Ce faisant, elle s’est discréditée et a montré que la nouvelle Eglise pouvait n’être pas meilleure que celle qu’elle combattait.

Contexte

Il est impossible aujourd’hui d’excuser ce meurtre. Il est injustifiable. Mais il ne faut pas non plus commettre d’anachronisme, et juger d’un événement qui eut lieu au 16ème siècle à partir de catégories de pensée d’aujourd’hui. Si l’on resitue cette condamnation dans son histoire, elle apparaît hélas dans la logique de cette époque : quelqu’un qui pensait aussi différemment ne pouvait être qu’un traître et devait être puni de mort. L’idée de tolérance n’était pas encore répandue au 16ème siècle. Elle ne fut largement diffusée qu’un siècle plus tard par un autre protestant –lui aussi persécuté – le philosophe Pierre Bayle.


Faits

Rappelons simplement quelques faits liés à ce tragique événement :

1) Servet fut d’abord emprisonné à Vienne, interrogé puis condamné par l’inquisition catholique. Il réussit à s’enfuir de France, mais est brûlé en effigie avec tous les volumes de ses œuvres par le tribunal français, sous pression de l’Eglise romaine. L’Eglise romaine aurait donc tort de reprocher à Calvin la mort de quelqu’un qu’elle avait déjà fait mourir elle-même symboliquement peu de temps avant.


2) Le martyre de Servet fut la tache noire de la réforme de Calvin, mais ce fut la seule. En même temps que Genève envoyait un homme au bûcher, le Royaume de France brûlait 1 000 « luthériens ».


3) C’est un adversaire de Calvin qui rédigea l’acte d’accusation. Calvin aurait souhaité une mort moins affreuse : ce n’est pas directement Calvin qui condamne Servet, mais le Magistrat, c’est-à-dire l’Etat, même si Calvin n’a rien fait pour s’opposer à cette condamnation.


Notre connaissance de l’affaire Servet est de surcroît tributaire de l’interprétation erronée qu’en a faite, plus tard, Voltaire. Le philosophe des Lumières, qui avait des problèmes de cohabitation avec les pasteurs de Genève, a fait de Calvin, dans son Essai sur les mœurs, un assassin assoiffé de violence : « Calvin fit brûler Servet et jouit de son supplice, lui qui, s’il eut mis le pied en France, eût été brûlé lui-même, lui qui avait élevé si fortement la voix contre toutes les persécutions. » Mais Voltaire commet un anachronisme : il parle deux siècles plus tard, après que l’idée de tolérance soit apparue en France. Il fait de surcroît de Calvin l’accusateur principal alors qu’il était beaucoup moins libre d’agir que ce que Voltaire suppose.

Leçon


Celui qui eut raison, à l’époque de cette condamnation tragique, est un ancien disciple et ami de Calvin, Sébastien Casteillon. Désapprouvant cette condamnation, il a écrit : « Tuer un homme, ce n’est pas défendre une idée, c’est tuer un homme. »


(1) L’article à partir d’ici est tiré du livre de Jérôme Cottin : Jean Calvin et la modernité de Dieu : Editions du Signe


Que sert-il à un homme de gagner le monde entier s'il perd son âme : Jésus

samedi 31 octobre 2009

Calvin : 1509 - 2009 (10)



Retour à Genève


De retour à Genève, Calvin reprend son activité au point même où il l’avait laissé. Dans son premier sermon, il ne fait pas la moindre allusion au passé et poursuit très simplement la méditation sur le texte là où il s’était arrêté trois ans plus tôt. Il observe la même attitude à la présidence de la commission de pasteurs et conseillers chargés de rédiger le nouveau règlement religieux de la ville.

Organisation de la Réforme calviniste

C’est pendant les 23 ans de son second séjour à Genève que Calvin travaillera à organiser les Eglises réformées sur tous les plans :


1. Doctrine : la doctrine calviniste se distingue par son biblicisme et sa logique. Toute la théologie est basée sur la révélation de Dieu, dans l’Ecriture. lL souci fondamental de Calvin est de rendre à Dieu la gloire qui Lui est due. Calvin exalte la souveraineté de Dieu, son honneur. Il croit à la double prédestination des élus et des réprouvés, et en conséquence, il insiste sur l’assurance que le racheté peut avoir de son salut, tout entier dû à la grâce de Dieu. Calvin voit dans les sacrements les signes visibles d’une grâce invisible, mais réelle. Pour lui le Christ est présent, non pas matériellement, mais spirituellement dans la communion.



2. Les ministères. Calvin abolit l’épiscopat, et plus encore que Luther, il diminua la distance qui sépare le clergé des laïques. Les pasteurs sont chargés de la prédication et de l’administration des sacrements (Cène et baptême). Ils sont consacrés par leurs collègues et n’ont pas de supérieurs hiérarchiques. Les docteurs doivent instruire les enfants. Les anciens veillent à la discipline de l’Eglise. Les diacres s’occupent des pauvres et des malades.


3. Discipline. Relation avec l’Etat. Calvin était très désireux d’établir une discipline morale stricte dans l’Eglise. Il fit établir à cet effet une commission de 18 laïques et de 6 ecclésiastiques, appelée le Consistoire.. le Consistoire réprimandait les membres indignes et excommuniait les impénitents. Cette organisation donnait à l’Eglise une autorité indépendante de l’Etat. Calvin veut l’union de l’Eglise et de l’Etat, sans confusion, sans théocratie et surtout sans césaro-papisme. L’Etat doit protéger la prédication de l’Evangile, mais il n’a pas à donner d’ordre à l’Eglise. L’Eglise, de son côté, n’a pas à se mêler des affaires temporelles de l’Etat.


4. Le culte. La liturgie de l’Eglise de Genève imite celle de Strasbourg. Elle s’est maintenue presque sans changement dans les Eglises Réformées de France. Elle se distingue par sa gravité et sa simplicité. Le psautier de Strasbourg, corrigé et enrichi par Clément Marot sert de livres de cantiques. Calvin supprima presque toutes les fêtes catholiques. En revanche, il insistait avec force sur l’observation du dimanche.


Conflits

La ville de Genève où les gens frivoles étaient nombreux eut de la peine à accepter la discipline de Calvin. Aussi les conflits furent-ils nombreux. Tantôt il fallait éviter que des hérétiques propagent leurs doctrines, tantôt il fallait s’opposer aux initiatives du Conseil de la ville qui empiétait sur les prérogatives du Consistoire. Calvin tint bon, non sans difficultés. Pour finir, les partisans de la frivolité fomentèrent une émeute qui acheva de les discréditer. Leurs chefs furent exécutés ou bannis.


Le triomphe



Dès lors, Genève devint la ville modèle que Calvin désirait. Les dernières années du réformateur furent fécondes. En 1559, il publia la dernière édition latine, considérablement augmentée de son Institution chrétienne. Il fonda la même année le Collège et l’Académie avec un programme gradué très remarquable pour l’époque. il réunit pour leur création les sommes nécessaires par souscription. Le peuple entier y contribua. Le libraire Henri Estienne (éditeur de plusieurs ouvrages de Calvin) souscrivit 312 florins. Une modeste boulangère appelée Genon apporta 5 sols. Dès 1541, Calvin avait fait appeler pour enseigner son vénéré maître Mathurin Cordier. En 1559, pour diriger l’Académie, il fit venir Théodore de Bèze.


Vers Genève afflua alors la jeunesse studieuse du monde réformé. C’est là que venaient se former les futurs pasteurs des églises françaises. A la mort de Calvin, le Collège comptait 1 500 élèves.



Que sert-il à un homme de gagner le monde entier s'il perd son âme : Jésus

samedi 26 septembre 2009

Calvin : 1509 - 2009 (9)



Séparation


Calvin et Farel chassés de Genève, se dirigèrent d’abord sur Berne, puis sur Zurich où siégeait un synode. Sur la recommandation de cette Assemblée, une ambassade les raccompagna vers Genève, mais un message du Conseil de la ville les arrêta en route. Peu après les deux amis se séparèrent. Farel se retira à Neuchâtel, où il exerça jusqu’à la fin de sa vie le ministère évangélique ; Calvin, de son côté, auquel le séjour de Bâle plaisait, voulait s’y établir, quand une lettre de Martin Bucer l’invita à venir à Strasbourg.


Strasbourg


Calvin a environ trente ans quand il s’établit à Strasbourg pour 3 ans. Au lieu de l’impétueux Farel comme interlocuteur, Calvin a face à lui des hommes de haut niveau intellectuel : Matthias Zell, grand prédicateur de la cathédrale ; Capiton, professeur à l’Université ; Johann Sturm qui a fondé le gymnase dont il est le directeur ; et surtout Martin Bucer, théologien situé entre Luther et Zwingli, dont il peut être considéré comme l’égal.


Calvin vit à Strasbourg bien d’autres expériences qu’à Genève. Tout d’abord, il peut regarder de près comment Bucer a mis en acte la Réforme dans la capitale alsacienne, selon les conditions culturelles de l’époque. Il côtoie de plus des hommes qui, contrairement à l’esprit du temps, savent rester pondérés et maîtres d’eux-mêmes dans leurs propos face à leurs adversaires. Au lieu d’être prédicateur sur demande, Calvin apprend à Strasbourg ce que signifie être pasteur en prenant en charge la petite communauté francophone composée de personnes de milieux et d’arrière-plan religieux très différents.


Calvin utilisera également les trois années strasbourgeoises pour approfondir sa connaissance de l’histoire de l’Eglise. Ses capacités pédagogiques et son bagage culturel sont naturellement exploités à l’Académie où il enseigne la théologie en commentant l’épître de Paul aux romains. Le fruit de tout ce travail se concrétisera pas une nouvelle rédaction de l’Institution chrétienne, beaucoup plus ample que la première, publiée en latin en 1539.


Exégète habile et témoin confirmé, Calvin révèle également pendant ces années un grand talent de polémiste. Avec Mélanchton, qui deviendra un ami, et Bucer, Calvin participera à de nombreuses rencontres où s’affronteront, sous le patronage de l’Empereur Charles Quint, les représentants de la tradition catholique et des partisans de la nouvelle théologie.


Mariage… et veuvage



C’est aussi à Strasbourg que Calvin épousera Idelette de Bure, veuve d’origine flamande d’un anabaptiste appelé Jean Storder. Le choix du mariage sera pour Calvin, comme pour Luther et Bucer avant lui, un choix existentiel lourd de sens. Dans la mentalité fortement monastique de l’époque, la femme est la grande étrangère. Aussi le choix du mariage ne répond-il pas à des aspirations d’ordre sentimental ou romantique - inconnues à l’époque -, ni à un utilitarisme banal ou à la satisfaction de penchants licencieux. Se marier implique dépasser cette mentalité qui fait du clergé un ordre séparé de la vraie vie. Le pasteur devient donc un laïc qui partage ce que vivent les autres hommes, comme le faisaient en leur temps les évêques de l’époque apostolique, l’apôtre Pierre en tête.
Malheureusement pour Calvin, Idelette de Bure décédera en 1949 après n’avoir partagé sa vie que pendant neuf ans. A sa mort, Calvin écrira à Viret pour lui dire : « J’ai perdu l’excellente compagne de ma vie, celle qui ne m’eut jamais quitté, ni dans l’exil, ni dans la misère, ni dans la mort… Je succomberais si je ne faisais un effort sur moi-même pour surmonter mon affliction. ».


Retour à Genève


Le départ de Calvin et de Farel de Genève, loin d’apporter le calme, fut suivi d’une époque où toutes les passions semblaient déchaînées. Le Cardinal Sadolet écrivit une lettre à la population qui fit grand effet. Par elle, il encourageait avec beaucoup d’habileté celle-ci à retourner à la foi de leurs pères. Calvin, qui eut connaissance de la chose, répondit vertement au prélat romain. Le tumulte fut tel que, le 21 septembre 1540, on décida de le rappeler. Sur les instances de Farel, il y consentit, non sans avoir marqué un temps d’hésitation fort compréhensible.






Que sert-il à un homme de gagner le monde entier s'il perd son âme : Jésus

samedi 29 août 2009

Calvin : 1509 - 2009 (8)

L’assistant de Farel


Dans les premiers mois de son séjour à Genève, Calvin est l’assistant de Farel. Quand celui-ci le présente au Conseil de la ville, le secrétaire qui tient le registre des arrivées, oubliant son nom, écrit simplement « ille gallus » « le français ». La tâche qui lui est confiée est très précise. Calvin est chargé de donner chaque jour au peuple une formation évangélique de base, en expliquant les Ecritures en termes accessibles à tous. Les rencontres ont lieu dans la cathédrale de la ville. Suivant l’exemple de tous les Réformateurs, Calvin commence par l’épître de Paul aux romains. Pour souligne sa fonction publique, les autorités lui fournissent le tissu nécessaire pour une robe comme celle des docteurs en médecine et en droit. Calvin est avant tout un enseignant, pas un pasteur. Il ne sera d’ailleurs jamais ordonné ministre.

Calvin, le polémiste


Toujours au titre de collaborateur de Farel, Calvin participe à une dispute à Lausanne. Selon un système déjà éprouvé à Berne, Zurich et même à Genève, les représentants des deux ecclésiologies – la traditionnelle (catholique) et la nouvelle (réformée) – s’affronteront dans la cathédrale. Les partisans de la Réforme ont le dessus, avec pour résultat que le peuple embrasse la foi réformée. Les Bernois occupent dès lors définitivement le pays de Vaud, devenant ainsi les voisins des Genevois.

Reconstruction


Genève n’étant plus catholique, tout, sur le plan du culte, est à construire. Les réformateurs formulent donc, en matière de chant d’Eglise, de culte, d’enseignement du catéchisme, de célébration de la Sainte Cène, une série de propositions que les conseils approuvent. Ce règlement, qui définit les activités ecclésiastiques, entre en vigueur comme loi d’Etat, ce qui est conforme à la pratique traditionnelle. Car, au XVIème siècle, contrairement à notre temps, être croyant n’est pas une affaire privée qui ne concernerait que l’individu. C’est, au contraire, une affaire d’Etat. Dans ce contexte, l’athéisme n’est pas une opinion, mais un délit suprême, passible de la peine capitale. Il ne peut donc y avoir à Genève qu’une seule religion – le christianisme – dans sa version réformée, comme l’ont voulu les citoyens et en ont décidé les autorités.

Les choses se gâtent…


Farel et Calvin veulent cependant aller plus loin. Il ne leur suffit pas que la ville soit chrétienne sur le plan des institutions : pour faire pleinement partie de la communauté, chaque habitant doit être conscient de ce en quoi il croit. Une confession de foi est donc rédigée qui sera signée par tous les citoyens. Adoptée, les magistrats cherchent à la mettre en application dans le concret. On restaure donc d’anciennes normes et l’on en instaure de nouvelles : sont interdits les bals et les chansons licencieuses, les vêtements excessivement voyants, les jeux de hasard. Sont punis sévèrement les actes de dévotion papiste et l’immoralité.

Rapidement, deux factions se forment. Les partisans du nouveau courant, appelés Eidgnossen, constituent une force importante dans la cité. Ils ont trouvé dans la prédication évangélique une réponse à leurs attentes, une pensée claire et une perspective de vie chrétienne motivante. L’autre faction, appelée « les libertins »trouvant les applications de la confession de foi trop sévère, font part de leurs vives protestations. On ne remet en question l’obligation de Genève d’être chrétienne, mais on s’insurge contre le fait que le Conseil se même de savoir si le citoyen l’est, et comment. Cette ingérence indue dans la vie privée provoque des tumultes et les magistrats sont contraints d’y surseoir.

Départ de Genève

La crise atteint son point culminant le jour de Pâques 1538. Les syndics avaient défendu à Calvin et Farel de monter en chaire ce jour-là. Mais ceux-ci n’obéirent pas et dans leurs discours, ils blâmèrent l’attitude peu chrétienne de la plupart de leurs auditeurs. Puis ils quittèrent les temples sans distribuer la Cène. Le Conseil se rassembla aussitôt et le lendemain Calvin et Farel recevaient l’ordre de quitter la ville en trois jours. Au bout de 24 heures, ils étaient déjà loin.

Dix ans auparavant, un certain Bonivard, prieur de Saint-Victor, avait dit au Genevois venus le consulter au sujet de l’opportunité d’introduire la Réforme dans leur ville. « Vous avez haï les prêtres parce qu’ils vous étaient trop semblables ; vous haïrez les prédicateurs pour le fait qu’ils vous sont trop dissemblables. Vous ne les garderez pas plus de deux ans et les renverrez sans les payer de leurs peines, sinon à coups de bâtons. » Commentant cette période de sa vie, Calvin dira simplement : « A la bonne heure, si nous eussions servis les hommes, nous serions récompensés, mais nous servons un grand Maître qui nous récompensera. »

INFO : Un Message Essentiel, bulletin mensuel d’évangélisation, consacré à Calvin vient de sortir. N’hésitez pas à vous le procurer à l’adresse suivante : http://www.blfeurope.com



Que sert-il à un homme de gagner le monde entier s'il perd son âme : Jésus

samedi 25 juillet 2009

Calvin : 1509 - 2009 (7)

Calvin et Genève

Le lien particulier qui s’établit entre Calvin et Genève est assurément très fort. Il est rare, dans l’histoire européenne, qu’un homme et une communauté aient vécu une expérience aussi intense, une rencontre qu’on ne peut qualifier que de conflit passionnel ou de passion conflictuel. S’il est indubitable que Calvin a créé la Genève réformée, il n’en est pas moins vrai que la ville a fait le réformateur.

Sans lui, en effet, Genève serait restée ce qu’elle était, une république minuscule à cheval entre Berne et la Savoie. Hors de Genève, Calvin aurait été un humaniste évangélique, un savant bibliste de l’université de Bâle. Compte tenu des circonstances historiques, de la situation politique de la région, des équilibres internationaux, Genève n’aurait pas réalisé sa révolution sans la personnalité de Calvin ; mais sans son acharnement à forger les instruments culturels de la révolution, l’avocat Jean Calvin n’aurait pas exprimé toutes les potentialités de sa vocation.

Calvin le pilote…

Animé d’un esprit d’indépendance, la jeune république de Genève se cherche. Les gouvernements municipaux affrontent le pénible devoir de réorganiser toute la vie d’une petite cité et s’en tirent avec beaucoup d’intelligence ; ils ne sont cependant pas en mesure de résoudre le problème de l’identité religieuse et des attentes de la population. Ils peuvent bien reprendre le pouvoir épiscopal dans le domaine juridique et fiscal, reprendre les fonctions de l’évêché en matière d’ordre public, de santé et d’instruction, mais ils ne sont pas capables de remplacer la messe, d’imaginer le culte réformé, de gérer la piété populaire, les sacrements, le mystère de la mort et de l’au-delà.

Tout cela ne peut être fait que par un nouveau personnel qualifié qui remplace le clergé. Dans le rôle entièrement nouveau et mal défini de ministre, les prédicateurs sont donc essentiels à la survie de la cité réformée et indispensables pour piloter la vie religieuse entre deux écueils : d’un côté la nostalgie de la religion catholique traditionnelle, avec son culte des saints et de Marie, sa propension aux miracles, son sentimentalisme ; de l’autre, le radicalisme culturel et social de l’anabaptisme, qui conteste à la racine même le concept de société chrétienne.

Conception calviniste

Pour Calvin, la société chrétienne est un état de fait. Il ne sera jamais anabaptiste. Mais entre le pape, qui revendique sur elle l’autorité absolue, et les Etats réformés (les princes luthériens et les conseils helvétiques) qui prétendent la diriger à la première personne, lui recherche une solution qui garantisse à l’Eglise son indépendance par rapport au pouvoir civil, tout en collaborant étroitement avec ce dernier pour le bien de la société.

Le blason de Calvin – une main tendant un cœur avec la devise " Prompte et sincère " -exprime très clairement son identité ou son projet existentiel : vivre sans réserve dans le don de soi. Durtant les premiers temps de son séjour genevois, d’environ deux ans, Calvin travaille pour conduire la ville à servir son Seigneur avec le même engagement. Le projet échoue du fait d’un cumul de facteurs. Sur le plan subjectif, il faut tenir compte de l’âge du jeune théologien (27 ans). L’intransigeance typique de la jeunesse, son inexpérience sociale, la fréquentation exclusive des milieux académiques font que l’univers du peuple lui est étranger. On y ajoutera un manque absolu de tact et de diplomatie. Ses compagnons de travail, Farel et Couraud, sont de la même trempe, des entêtés fougueux, ce qui suffit à déchaîner les oppositions.

Nous verrons dans le prochain billet en quoi consistera le travail du jeune Calvin à Genève au temps où il fait figure d’assistant de Farel

INFO : Un Message Essentiel, bulletin mensuel d’évangélisation, consacré à Calvin vient de sortir. N’hésitez pas à vous le procurer à l’adresse suivante : http://www.blfeurope.com



Que sert-il à un homme de gagner le monde entier s'il perd son âme : Jésus

samedi 27 juin 2009

Calvin : 1509 - 2009 (6)

Détour par l’Italie

Calvin désirait beaucoup voir l’Italie. Rappelons-nous que nous sommes à l’époque de la Renaissance et que c’est d’Italie qu’est venu le mouvement qui amorça les grands changements qui s’opéraient, entre autres dans les arts, en France. Une princesse d’origine française, Renée, duchesse de Ferrare, ville de naissance du bouillant Savonarole, qui avait fait trembler le royaume par ses prédications quelques décennies auparavant, était gagnée à l’Evangile depuis un certain temps déjà. Elle l’accueillit avec bienveillance et lui offrit l’hospitalité. Dans la suite, elle le considéra comme son conducteur spirituel. Mais le Duc était ennemi de " l’hérésie " et Calvin dut partir. Il passa par Aoste, le Saint-Bernard et arriva dans la ville de Genève où il pensait seulement passer une nuit et gagner ensuite Bâle.

Calvin rencontre Farel

Un réfugié huguenot le reconnut et signala sa présence à Guillaume Farel. Originaire de Gap, Farel est l’une des personnalités les plus fascinantes de la réforme francophone. Arrivé à Paris pour ses études, le jeune homme fit partie de l’équipe réformiste de l’évêque Briçonnet à Meaux. Passé dans le camp évangélique, il travailla d’abord en Guyenne, puis à Bâle et à Montbéliard. Sorte d’apôtre Paulo, il prêcha ensuite à Neuchâtel, qui adopta la Réforme, puis dans le Piémont et, enfin, à genève où sa fougue de prédicateur conduisit la ville à adopter la nouvelle foi en 1535.

Pour Farel, l’arrivée de Calvin à Genève ne relevait en rien du hasard. Il y vit au contraire une indication de Dieu. Après une vive discussion avec lui, Farel persuada Calvin d’arrêter là son voyage et de renoncer à ses études pour l’aider dans le travail qu’il avait entrepris. Se souvenant de cet épisode de nombreuses années plus tard, le réformateur écrira : " Finalement, maître Guillaume Farel me retint à Genève… comme si Dieu eût d’en-haut étendu sa main sur moi pour m’arrêter. "

La République de Genève

Au temps où Calvin arrive à Genève, la ville est en crise. S’étant rangé dans le camp évangélique, comme Zurich et berne, la ville est en état de siège, sous la menace des ducs de Savoie, bien décidés à la ramener sous leur emprise et à la foi catholique. Retranchée sur sa colline derrière des bastions construits à la hâte, privée de ressources, à moitié abandonnée (la messe y est interdite depuis le 10 août 1535), sans écoles, Genève et son gouvernement provisoire voient l’avenir d’un œil sombre. Pour la soutenir sur le plan spirituel, la ville n’a que les prédications de Farel et de ses amis. C’est pourtant en ces mois décisifs de son histoire que la ville va faire preuve de cet esprit d’indépendance et de résistance qui va la caractériser.

Deux décisions majeures sont prises par le peuple, désireux d’affirmer sa liberté, en 1536 :

. la 1ère consiste pour la jeune République à graver sa propre monnaie frappée de la devise " Post tenebras lux " : Après les ténébres, la lumière. La devise, née à Genève, sera ensuite reprise par toute la Réforme protestante. On peut la voir aujourd’hui encore gravée sur le Monument International de la Réformation à Genève et sur le Mémorial des Huguenots à Franschhoeck en Afrique du Sud.

. la seconde sera pour le peuple rassemblé devant la cathédrale le 21 mais 1536 de jurer de vivre selon l’Evangile

C’est dans le but d’atteindre cet objectif que les deux hommes vont désormais unir leurs efforts.


Que sert-il à un homme de gagner le monde entier s'il perd son âme : Jésus

samedi 30 mai 2009

Calvin : 1509 - 2009 (5)

Institution chrétienne : les thèmes majeurs :

1er livre :

Le premier livre est intitulé : De la connaissance de Dieu en tant que souverain créateur et gouverneur du monde. La création, la nature porte la marque, l’empreinte de son auteur, et c’est un devoir religieux de l’étudier, d’apprendre à en connaître les lois admirables : les cours réguliers des astres, le développement de la vie des plantes et des animaux, et l’homme, le chef d’œuvre de la création. Dieu étant la grande réalité qui domine et pénètre tout, notre vie est entre ses mains et il fait servir toutes choses à notre bien, à notre éducation spirituelle. Ses bienfaits nous disent sa bonté et sa fidélité, tandis que nos épreuves sont une école salutaire par laquelle il faut passer pour être détachés du mal, et formés à la patience, à l’obéissance et à l’espérance des choses les meilleures que Dieu a préparées pour nous dans l’au-delà. La grande preuve, le témoignage suprême de la fidélité de Dieu, c’est le don qu’Il a fait à l’humanité corrompue, incrédule, mauvaise, d’un Sauveur en la Personne de Son Fils.

2ème livre :

Le sujet du second livre est : Dieu en tant qu’Il est notre Rédempteur en Jésus-Christ. L’œuvre de la rédemption a été préparée dans l’Ancienne Alliance par la Loi, qui nous révèle la miséricorde de Dieu, celui qui, par pure bonté, fait grâce aux coupables et les appelle à sa connaissance et à son service. Jésus-Christ, Fils de Dieu et fils de l’homme, ayant vécu, ayant souffert et donné sa vie pour nous sur la croix, nous a acquis par ses mérites infinis le salut dont nous sommes indignes. Qui sommes nous que nous soyons l’objet de la grâce de Dieu, de son élection gratuite ?

3ème livre :

Le troisième livre traite de : La manière de participer à la grâce qui est en Jésus-Christ, c’est-à-dire de l’œuvre du Saint-Esprit. C’est Dieu qui prend l’initiative de nous appeler à la foi, de nous donner la foi, de nous justifier, c’est-à-dire de nous accorder la rémission gratuite de nos péchés, sans aucun mérite de notre part. Et s’il le fait, c’est dans le but de nous régénérer, de nous renouveler entièrement et de nous sanctifier par son Esprit, de nous conduire, en détruisant en nous l’orgueil et l’incrédulité, à une vie qui soit une ascension vers la justice et la charité, un service véritable de Dieu et du prochain.

4ème livre :

Le 4ème livre traite : Des moyens dont Dieu se sert pour nous convier à Jésus-Christ. Dieu nous aide dans notre faiblesse en établissant sur la terre son Eglise, le corps de Christ, la mère des fidèles, qui les nourrit de la substance de l’Evangile, de la Parole divine. Cette Eglise s’est corrompue du fait de la malice et de la perversité des hommes, mais Dieu l’a réformée et ceux qu’elle appelle doivent lui demeurer fidèles, par une franche et publique manifestation de leurs convictions.

Quant à l’Etat, le gouvernement politique, il fait régner l’ordre et la paix dans le monde, en réprimant les vices et les hérésies, et il doit soutenir l’Eglise, le gouvernement spirituel, dans son œuvre d’éducation et de consolation des âmes.

Telle est très brièvement résumée la trame de ce grand livre, synthèse unique et admirable des enseignements de la révélation divine.

Que sert-il à un homme de gagner le monde entier s'il perd son âme : Jésus